
On me demandait récemment :
De quel côté es-tu né ?
Je répondis :
Premiers (é)cri(t)s au vent de soulaere
Côté mer côté cœur au large
En patois charentais, "soulaere" désigne un vent du sud-ouest. Mais il signifie encore "du côté du soleil", aussi bien levant que couchant...
Paris, 15 septembre 2019
© Autobiopoèmes, Rupella

Sous la poussière
de la fenêtre d’en face
il y a un mur
de crépi blanc
un coin de ciel d’azur
Il y a une gouttière
où miaule un chat que je n’entends pas
Il y a un bout de toit
aux tuiles grises et roses
Il y a un bout de toi
Sous la poussière
de la fenêtre d’en face
Il y a une autre fenêtre
avec sous sa poussière
la fenêtre d’en face
La Rochelle, 9 janvier
© Autobiopoèmes, Rupella
à Camille,
matinale, surtout le dimanche...
Même un ciel gris
et la pluie sur les carreaux
me font sourire
lorsqu'en me saluant ce matin
désinvolte
tu reproches au soleil
paresseux
de rester couché
A-t-il aussi le droit
le dimanche
de ne pas se lever tôt ?
Saint-Xandre, 21 mars
© Autobiopoèmes, Rupella
Ton regard
est comme la nuit
Il rêve et s'égare
et s'enfuit
La lune l'attire
le vole et le garde
Tout chavire
Dors
Je te regarde
Saint-Xandre, 17 avril
© Autobiopoèmes, Rupella
« Je suis Phare dressé sur la mer infinie
Je suis Phare embrasant les nuits océanes
Je suis Phare ce vit sans ombre ni pudeur
Combien sans fanal de frêles esquifs
brisèrent leur vie contre mes récifs
interroge l’amer de sa voix rauque obscène
– Je suis l’œil du cyclone
répond-Elle assurée
le feu des naufrageuses
Tu te noies dans ma première
et mon second te consume
Si tu valides la tierce
la vie sauve tu conserves
– Je serai ce troisième
Sur lequel tu t’empales »
Rochefort-sur-Mer, 3 juin
© Autobiopoèmes, Rupella
Est-ce le bruissement
du vent qui saline
d'ailes d'un oiseau la nuit
d'une voile que l'on tend
du temps qui froisse notre souvenance
Est-ce le long silence
des étoiles nues
des nuages qui les cachent
de la mort qui se tapit
Triste destin de ma désespérance
Triste train sans partance
Poitiers, 11 juin
© Autobiopoèmes, Rupella

Mon violon d’enfant
violentait leurs oreilles
Il clamait mes amours grinçantes
Les deux tilleuls trapus du jardin
en recevaient les confidences
Je leur étais reconnaissant
tant ils en perdaient en silence
leurs larges feuilles jaunies
Mon violon violonait mon message
voilait leurs mensonges
volait mes songes
Il me fut bien plus sage et limpide
de remercier Bruch et Brahms
de délaisser l’archet
pour la plume
les notes pour les mots
Il en reste la mélodie de mes maux
comme une ancre ensablée
ce silence volubile et mélancolique
de l’encre qui chante
sur la page blanche
puis cette fière jouissance
la fièvre jouissive
hissant à l’infini
mes explorations adolescentes scriptées
Châtelaillon, 1er novembre
© Autobiopoèmes, Rupella
Enfant, j'étais sans cesse incité à l'humilité.
Rester accroché à l'humus comme un châtiment céleste. Ma mère disait que je n'étais que poussière – "pulvis es et in pulverem reverteris" – ce que mon professeur de sciences, matérialiste et laïc, nommait "amas d'atomes".
Auraient-ils sciemment omis de préciser qu'il s'agissait de poussières d'étoiles ?
Je regardais les filles merveilleusement atomiques, amoureusement cosmiques et trouvais magnifiques ces poussières.
De celles qui constellisent l'existence, scintillent dans vos yeux. De celles qui vous élèvent vers les cieux athées. De celles qui se ressuscitent en vos âmes, ravivent l'amour, sa flamme...
Dès lors, à l'encre de lune, adolescent, je trempai ma plume. Mes nuits blanchies par les milliards d'atomes luminescents, j'ancrais nuit après jour mes scories sur le sentier de mes pensées, sombres, illuminées, sur le parchemin de la vie.
La Rochelle, 1er novembre
© Autobiopoèmes, Rupella
Un
à
un
deux
par
deux
les enfants sont partis
pressés sans même
un au-revoir
pour les deux vieux acacias
Emmitouflés dans leurs rêves
sans même une pensée
pour le ciel chargé de neige
fatigué de tant d’indifférence
Un
à
un
deux
par
deux
ils se sont évanouis
comme envolés sans même
un au-revoir
pour la pierre et le sable
encapuchonnés
Sans même un baiser
pour les deux bergeronnettes grises
qui courent encore
après quelques miettes oubliées
Pauvres arbres dénudés
pauvre pierre
pauvre sable pauvres oiseaux
qu’elle est triste ma cour d’école
lorsque ne restent avec moi pour pleurer
que les deux acacias
la pierre et le sable
et deux bergeronnettes en robes de deuil
Cabariot, 21 décembre
© Autobiopoèmes, Rupella
