Rupella

La Rochelle 2017-04-07 (54a)

On me demandait récemment :

De quel côté es-tu né ?

Je répondis :

Premiers (é)cri(t)s au vent de soulaere

Côté mer côté cœur au large


En patois charentais, "soulaere" désigne un vent du sud-ouest. Mais il signifie encore "du côté du soleil", aussi bien levant que couchant...


Paris, 15 septembre 2019

© Autobiopoèmes, Rupella

En parcourant les rues rochelaises 3

MIROIRS


Sous la poussière

de la fenêtre d’en face

il y a un mur

de crépi blanc

un coin de ciel d’azur


Il y a une gouttière

où miaule un chat que je n’entends pas

Il y a un bout de toit

aux tuiles grises et roses

Il y a un bout de toi

Sous la poussière

de la fenêtre d’en face


Il y a une autre fenêtre

avec sous sa poussière

la fenêtre d’en face


La Rochelle, 9 janvier

© Autobiopoèmes, Rupella

à Camille,

matinale, surtout le dimanche...


Même un ciel gris

et la pluie sur les carreaux

me font sourire

lorsqu'en me saluant ce matin

désinvolte

tu reproches au soleil

paresseux

de rester couché


A-t-il aussi le droit

le dimanche

de ne pas se lever tôt ?


Saint-Xandre, 21 mars

© Autobiopoèmes, Rupella


MATHILDE


Ton regard

est comme la nuit

Il rêve et s'égare

et s'enfuit

La lune l'attire

le vole et le garde

Tout chavire

Dors

Je te regarde


Saint-Xandre, 17 avril

© Autobiopoèmes, Rupella

LA COUBRE


« Je suis Phare dressé sur la mer infinie

Je suis Phare embrasant les nuits océanes

Je suis Phare ce vit sans ombre ni pudeur


Combien sans fanal de frêles esquifs

brisèrent leur vie contre mes récifs

interroge l’amer de sa voix rauque obscène


– Je suis l’œil du cyclone

répond-Elle assurée

le feu des naufrageuses

Tu te noies dans ma première

et mon second te consume

Si tu valides la tierce

la vie sauve tu conserves


– Je serai ce troisième

Sur lequel tu t’empales »


Rochefort-sur-Mer, 3 juin

© Autobiopoèmes, Rupella

BRUITS DE GARE


Est-ce le bruissement

du vent qui saline

d'ailes d'un oiseau la nuit

d'une voile que l'on tend

du temps qui froisse notre souvenance

Est-ce le long silence

des étoiles nues

des nuages qui les cachent

de la mort qui se tapit

Triste destin de ma désespérance

Triste train sans partance


Poitiers, 11 juin

© Autobiopoèmes, Rupella

Fouras Sud 2006-02-06

SOUVENIR


Mon violon d’enfant

violentait leurs oreilles

Il clamait mes amours grinçantes

Les deux tilleuls trapus du jardin

en recevaient les confidences

Je leur étais reconnaissant

tant ils en perdaient en silence

leurs larges feuilles jaunies


Mon violon violonait mon message

voilait leurs mensonges

volait mes songes

Il me fut bien plus sage et limpide

de remercier Bruch et Brahms

de délaisser l’archet

pour la plume

les notes pour les mots


Il en reste la mélodie de mes maux

comme une ancre ensablée

ce silence volubile et mélancolique

de l’encre qui chante

sur la page blanche

puis cette fière jouissance

la fièvre jouissive

hissant à l’infini

mes explorations adolescentes scriptées


Châtelaillon, 1er novembre

© Autobiopoèmes, Rupella

D’HUMUS ÉTOILÉ ?


Enfant, j'étais sans cesse incité à l'humilité.

Rester accroché à l'humus comme un châtiment céleste. Ma mère disait que je n'étais que poussière – "pulvis es et in pulverem reverteris" – ce que mon professeur de sciences, matérialiste et laïc, nommait "amas d'atomes".

Auraient-ils sciemment omis de préciser qu'il s'agissait de poussières d'étoiles ?

Je regardais les filles merveilleusement atomiques, amoureusement cosmiques et trouvais magnifiques ces poussières.

De celles qui constellisent l'existence, scintillent dans vos yeux. De celles qui vous élèvent vers les cieux athées. De celles qui se ressuscitent en vos âmes, ravivent l'amour, sa flamme...

Dès lors, à l'encre de lune, adolescent, je trempai ma plume. Mes nuits blanchies par les milliards d'atomes luminescents, j'ancrais nuit après jour mes scories sur le sentier de mes pensées, sombres, illuminées, sur le parchemin de la vie.


La Rochelle, 1er novembre

© Autobiopoèmes, Rupella

AVANT NOËL


Un

à

un

deux

par

deux

les enfants sont partis

pressés sans même

un au-revoir

pour les deux vieux acacias


Emmitouflés dans leurs rêves

sans même une pensée

pour le ciel chargé de neige

fatigué de tant d’indifférence


Un

à

un

deux

par

deux

ils se sont évanouis

comme envolés sans même

un au-revoir

pour la pierre et le sable

encapuchonnés


Sans même un baiser

pour les deux bergeronnettes grises

qui courent encore

après quelques miettes oubliées


Pauvres arbres dénudés

pauvre pierre

pauvre sable pauvres oiseaux

qu’elle est triste ma cour d’école

lorsque ne restent avec moi pour pleurer

que les deux acacias

la pierre et le sable

et deux bergeronnettes en robes de deuil


Cabariot, 21 décembre

© Autobiopoèmes, Rupella

La Rochelle 2017-04-07 (54)