Longues-sur-Mer 2019-06-02 (2)

Chansons

2019


Pour que chaque jour scintille

Des mille étoiles de tes yeux

Pour que chaque jour distille

Tendresse amour et merveilleux


Qu’en ce début d’année nouvelle

Nous en soyons enlumineurs

Semons au vent nos étincelles

Chaque jour nos petits bonheurs


Longues-sur-Mer, 1er janvier

© Autobiopoèmes, Chansons

LA DÉESSE AU SANGLIER


J’aimerais si je meurs, que mon ciel flamboie,

Comme un retour aux fées, folies de ma genèse

Qui venaient, chaque soir, danser par douze ou treize,

Nues et libres sur les rives de mon émoi.


J’aimerais si j’ai peur, revoir leurs yeux de braise,

Avant que de venir mourir au fond des bois

Qui bordent joliment la paisible Semoy,

Remerciant enfin mes ardentes ardennaises.


J’aimerais si je meurs, que ce soit à l’aurore,

Après une nuit folle à goûter de leurs corps

Sur l’infernale flamme, ivre-mort de bonheur.


Si douce serais-tu, mort, si tu venais là

Me prendre sans un cri ! J’aimerais si je meurs,

Que ce soit à ta bouche, ô Diane Arduinna !


La Rochelle, 7 janvier

© Autobiopoèmes - Chansons

SANS TOI


 

Que la vie est longue

Sans toi

Je rêve d'île exsangue

S’y perd mon ombre oblongue

En toi

Ciel sans carcan ni gangue

 

Que la vie est triste

Sans toi

Je peins des tourbillons

Voile mon âme autiste

De toi

Je rêve en papillon

 

Que la vie est sèche

Sans toi

Je crée des oasis

Bohème mon cœur rêche

Pour toi

Poème en catharsis

 

Que la vie est mièvre

Sans toi

J'enlumine des traces

Avec mon sang ma fièvre

Feue-toi

J'illumine tes grâces

 

Paris, 14 janvier

© Autobiopoèmes, Chansons


VERT DÉSESPOIR


à Glenmor


Il noie sa complainte

Et sa verte peur

Aux folles vapeurs

De l’amère absinthe


« J’y cherche l’espoir

La force de vaincre

Les pleurs et la crainte

Mes cauchemars noirs


J’y cherche l’amour

Ma terre promise

La femme insoumise

Mes nuits et mes jours »


Mais sa quête de lune

S’achève en soupirs

De rêve en délire

Ô cruelle infortune


Il voit le printemps

Dans la coupe vide

Mais pâle et livide

Titube en chantant


Les cris d’impuissance

D’un monde inutile

Ses putains serviles

Mon inexistence


Rochefort-sur-Mer, 9 février

© Autobiopoèmes, Chansons

POUR UNE AMOURETTE



Dans les champs d’asphodèles

Je vois venir la pluie

Avec ma douce belle

Je vais danser ce soir

Au loin nuages gris

Valsez la lune luit

Vibre chant de la nuit

L’amour est ton devoir


Ses robes de dentelle

Et ses rêves d’enfant

Malicieuse et rebelle

Volent au vent de l’Est

Gronde puissant orage

Donne de l’olifant

Roule sur son visage

Gouttelette céleste


Il pleut il pleut bergère

Sortons sans tes moutons

Les éclats de nos rires

Couvrent ceux de l’éclair

Et mes mièvres chansons

Des cieux noirs la colère


Il pleut il pleut bergère

Dégrafe tes boutons

Je veux ce chant écrire

En t’aimant sous la pluie

Et t’aimer en chanson

Sous la lune qui luit


Rochefort-sur-Mer, 30 mai

© Autobiopoèmes, Chansons

EVEN DARKER


You like it darker

Beyond the border

Your mind is full of soot

Of where mournful thoughts shoot

You like it darker

Beyond the border


Chorus

You want the black skies

Concealed to his eyes

The dark side of the moon

The darkness instead of the noon


You like it darker

Beyond the border

With the same shame

With the same blame

Unspeakable to your lips

Sharped as tin snips


Chorus


Sixty-nine shades of musk

Wedding of dawn an dusk

Night of ink and anvil

Entwined angel and devil

You like it darker

Beyond the border


Chorus


You like it darker

Beyond the border

Sempiternal absence

Shameful absinthe

Foul love in zinc

Insatiable abstinence


Chorus


But you love him anyway on any road any path

Without revenge without wrath

And you love him anyway on any sea in any dream

Even if it's a nightmare or a stormy stream

Beyond the endless border

You love her even darker

Unspeakable to your lips

Sharped as tin snips

Concealed to his eyes

You want the black skies

Where you unfold your ebony wings

Raised by infernal winds

You want the dark side of the moon

The darkness instead of the noon

And you have no word

And you have no lord


Chorus


Paris, 10 octobre

Longues-sur-Mer, 2 mars

© Autobiopoèmes, Chansons

ET TU ATTENDS




Tu pleures les rimes du temps

Et tu attends

Tu pleures le cœur du printemps

Et tu attends 


Tu pleures au ciel de l'aurore

Attends encore

Tu pleures les rides du corps

Attends encore 


Tu pleures les fleurs de l'amour

Attends toujours

Tu pleures de soie de velours

Attends toujours 


Tu pleures feu la tendresse

Attends princesse

Tu pleures le feu des caresses

Attends princesse


Tu pleures contre mon épaule

Va n’attends plus

Tu pleures la mort qui te frôle

Vis n’attends plus


Paris, 16 mai

Autobiopoèmes - Chansons


BONNE NUIT


À califourchon

Sur la lune rose

Trois petits cochons

Effeuillent une rose


Entre deux étoiles

Et dix bananiers

Une grande toile

Tisse l’araignée


La cigale folle

A mis le boxon

La fourmi s’affole

À coups de klaxon


Le chat roux le jour

Mistigri la nuit

Pattes de velours

Miaule son ennui


Car la souris verte

Lassé de son trou

Par la porte ouverte

Part à Tombouctou


Sur le dos d’un squale

Ou d’une baleine

Hissons la grand-voile

Vers les Kerguelen


Peu importe l’âge

Prends ton baluchon

Partons en voyage

Comme patachons


Au bout de tes rêves

Camille jolie

Quand l’histoire s’achève

Faut aller au lit


À califourchon

Sur la lune rose

Trois petits cochons

Effeuillent une rose


Au bout de tes rêves

Camille jolie

Quand l’histoire s’achève

Commence la vie


Saint-Xandre, 17 mai

© Autobiopoèmes, Chansons


DE LA MUSIQUE AVANT TOUTE CHOSE



J'aime la ronde

Et ses deux blanches

Me dévergondent

Mon cœur tu flanches


J'aime la ronde

Ses quatre noires

Qui vibrent grondent

Dans ma mémoire


J'aime la ronde

Et ses huit croches

Qui vagabondent

À mes galoches


J'aime la ronde

Mains sur les hanches

Douce gironde

Tu m'avalanches


J'aime la ronde

Jubilatoire

Ma mappemonde

Terre illusoire


J'aime la ronde

Sans anicroche

Albe joconde

Médianoche


J'aime la ronde

Pauvre gavroche

Et j'exaspère

Les vieilles cloches



Longues-sur-Mer, 26 juillet

© Autobiopoèmes, Chansons

PRIÈRE À PHOEBUS


Le soleil, lentement, glisse sur l’horizon,

L’éther bleu s’étoile de mille amours naissantes,

Mille Astarte flammes en mon cœur caressantes,

Mille Marie, mille Julie, mille Lison.


Pauvre Sapho, pleurant, quand nous te méprisons ;

Tu cherches l’âme sœur, en vain si provocante !

Pauvre Liber, errant, quand tes folles bacchantes

T’abandonnent au soir ; tu cries, seul : « Trahison ! »


L’astre d’or, flamboyant, tout au loin disparaît.

Dans toutes leurs splendeurs, s’embrasent le ciel et

L’océan qui berce les morts sans sépulture.


Pauvre âme sans passion ! Peux-tu vivre sans moi ?

Que dois-je comprendre de ta désinvolture ?

Entends ma prière, ô Phoebus, immole-moi.


Saint-Hilaire-de-Riez, 25 août

© Autobiopoèmes – Chansons

EXELLE


Des abysses de ma mémoire

Je lis dans ses yeux verts

Comme en un vieux grimoire 

Je trime de travers

Rime de mauvais vers


Seul saoul sous le pont Mirabeau

Je ne suis pas Verlaine 

Ni même un mi-Rimbaud 

À peine un vieux Silène 

Épris d'une sirène


Les passants cent ans passeront

Sans remarquer ma tombe

Leurs pas résonneront

Dans mon âme hécatombe

Aux amours catacombes


Si l'une lit mon épitaphe

Vieille chanson paillarde

C'est qu'elle est soulographe

Ou mocharde ou pocharde

Sous la lune blafarde


Paris, 1er septembre

© Autobiopoèmes, Chansons

CHANT D’AUTOMNE


Violoncelles et contrebasses

J'espère en vous de guerre lasse

Rêves volés au temps qui passe

Je vous vénère ou je trépasse


Si soudain les violons s'en mêlent

Et si les sanglots longs s'emmêlent

Leurs songes juliens se morcèlent 

Leurs vieux mensonges m'ensorcèlent


Violoncelles et contrebasses

J'espère en vous de guerre lasse

Rêves volés au temps qui passe

Je vous vénère ou je trépasse


Saturne dissipe la brume

Vous entre marteau et enclume

Dissimulez votre amertume

Sous un espoir feint qu'on rallume


Violoncelles et contrebasses

J'espère en vous de guerre lasse

Rêves volés au temps qui passe

Je vous vénère ou je trépasse


Je flotte fou seul dans les cieux

Les rêves flous au fond des yeux

Lorsque vos doux paradis bleus

Volent s'estompent peu à peu


Violoncelles et contrebasses

J'espère en vous de guerre lasse

Rêves volés au temps qui passe

Je vous vénère ou je trépasse


Par taches brunes le soir sombre

Cendré sans lune sans encombre

Vous n'êtes déjà plus qu'une ombre

Ton amour saigne et vire au sombre


Violoncelles et contrebasses

J'espère en vous de guerre lasse

Rêves volés au temps qui passe

Je vous vénère ou je trépasse


Paris, le 22 septembre

© Autobiopoèmes, Chansons

AUTOMNE



Quand voile le soleil, mystérieux, mon rêve,

Quand les hirondelles s’apprêtent à partir,

Quand bourrasquent les vents un vieux souvenir,

Quand pleure le ciel un été qui s’achève,


Quand les arbres semblent céder, faute de sève,

Quand la plainte du temps étouffe un noir soupir,

Quand les elfes des bois célèbrent le zéphyr,

Quand la rousse perdrix fuit le canon qu’on lève


Le venin du colchique empoisonne mon cœur :

Paresse mon âme qu’enivre sa liqueur.

Sous les charmilles d’or ou les vignes pourprées,


Si ne coule le vin, éternelle saison,

Nos âmes maudites se courbent torturées :

Tu es grise et triste comme un mur de prison.


Corme-Royal, 1er octobre

© Autobiopoèmes, Chansons

L’ENSORCELLEMENT



Oserai-je admirer le vol des nymphes nues,

Gracieuses dans l’onde azurée, transparente ?

Oserai-je écouter cette plainte enivrante,

Lorsque l’aube étincelle et monte vers les nues ?


Verrai-je à temps venir la mort simple et cruelle

Qui rôde sur le fleuve et revêt tour à tour

De beauté l’artifice, et ses plus laids atours,

Comme montant du port cette sombre ruelle ?


Ou bien succomberai-je au puissant sortilège

D’une fée douce-amère, à son charme trompeur ?

Boirai-je à son calice un sang noir sacrilège ?


Des elfes aux cheveux d’or, drapés d’un blanc suaire,

Loueront ils mon courage ou devrai-je avoir peur

De mon soleil sombré dans l’ombre mortuaire ?


Rochefort-sur-Mer, 10 octobre

© Autobiopoèmes - Chansons


MANIFESTE



Je manifeste

Le poing levé

Tu me détestes

Je veux rêver

Pas de vieux restes

De mots pavés

Je manifeste


Je manifeste

Toute en dépit

Tu tords ta veste

En Ésopie

D'Ouest en Est

Nos utopies

Je manifeste


Je manifeste

Compose et rime

L’ode funeste

Hurle cet hymne

Chant palimpseste

Je vis je vibre

Je manifeste


Je manifeste

Ne t'en déplaise

De Nice à Brest

Lille ou Rodez

Avec un zeste

De Marseillaise

Je manifeste







Je manifeste

Pour être libre

Quand tu protestes

Perds l'équilibre

Tu geins tu pestes

Sans or ni frime

Je manifeste


Je manifeste

Fière Commune

Contre la peste

Ou blanche ou brune

Tu admonestes

Planques tes tunes

Je manifeste


Je manifeste

Pour nos conquis

Ce qu’il enreste

Drapeau brandi

Pour nos retraites

Fils du Maquis

Je manifeste


Paris, 10 décembre

© Autobiopoèmes - Chansons

AMOUR À MURCIE



Boudeur

L’Astre du Jour n’est pas levé encor

Sur Murcie


Au loin

L’Œil rebelle de la Nuit resplendit

Insoumis


Comblé

Mon corps qu’à ton Corps l’Amour réunit

À jamais


S’endort

Je rêve à nos Amours adolescentes

Rassasiées


Songeur

Je te regarde nue sous les draps blancs

Du grand lit


Fougueuse

Tu m’as aimé jusqu’à la lueur frêle

De l’Aurore


Rêveuse

Tu saisis ma main la pose avec soin

Sur ton cœur


Heureuse

Tu t’es donnée radieuse éternelle

Endormie


Heureux

Morphée mêle et s’emmêle dans nos rêves

Amoureux


La Rochelle, 31 décembre

© Autobiopoèmes, Chansons


Texte paru dans la revue Mes sages poétiques n°28, publiée par Gil Roc, Soisy-sous-Montmorency, mars 1995