1ère partie

Depuis des semaines se développait l'épi(pan)démie liée au coronavirus quand, ce lundi 16 mars, le président de la République française annonce le confinement sur l'ensemble du territoire.
Comment allions-nous vivre ces longues journées, semaines ? Comment garder l'indispensable lien social ?
L'idée m'est immédiatement venue de me lancer un défi, moi qui aime travailler, retravailler sans cesse mes textes, parfois pendant des mois : écrire chaque jour pour me, nous déconfiner. Pousser les murs, abolir les frontières, rester ensemble, partager.
Lecteur·trice, amoureux·se de la vie, de la poésie, prends bien soin de toi, de celles et ceux que tu aimes.
Et, d'où que tu sois (plus ou moins) confiné·e, s'il te vient l'envie de partager une émotion, une remarque, un texte, une photographie, une création plastique, tes messages sont les bienvenus
Paris, 16 mars
Photographies © HB
« Forcer à rester dans un espace limité. » Robert
« Enfermer quelqu'un dans un lieu, le tenir dans d'étroites limites : Confiner un subordonné dans le cadre de ses fonctions. » Larousse
« Reléguer quelqu'un dans un certain lieu. » Littré
« Procédure de sécurité visant à protéger des personnes dans des espaces clos afin d’éviter, un contact avec un nuage nocif (de gaz ou radioactif), ou la propagation d’une maladie infectieuse. » Wictionnaire
Synonymes : enfermer, cloitrer, isoler, retirer, reléguer, cantonner, boucler
Étymologie : vient du mot confins, du latin médiéval confinia lui-même issu du latin confine de finis : limite. Confinner apparait dès 1225 dans le sens d’enfermer ; le mot confinement entre en scène en 1579 dans le sens d’emprisonnement.
Seul·e comme un·e
CONcédé·e
CONtrouvé·e
CONfessé·e
CONtrarié·e
CONtesté·e
CONsterné·e
CONtourné·e
CONspiré·e
CONjuré·e
CONtracté·e
CONtrôlé·e
CONvoqué·e
CONfronté·e
CONcentré·e
CONvulsé·e
CONgédié·e
CONsigné·e
CONfisqué·e
CONcassé·e
CONdamné·e
CONsumé·e
CONfiné·e
Seul·e comme une…
Paris, 17 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

à EB, 15 ans aujourd'hui
Quand l'hiver dilue
gomme
efface
Ce printemps tait
scelle
confine
Si l'été terre
brise
étouffe
L'automne nie
meurt
enterre
Je vis par ce que tu rêves
crées
espères
Je vis par ce que tu danses
chantes
dessines
Je vis par ce que tu cries
hurles
déclames
Je vis par ce que tu es
Je vis parce que tu es
Paris, 18 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
Mon amour est une gare
désaffectée
Aucun pas n'y résonne
aucun cri
aucun pleur
aucun rire
Rien ni personne
ne trouble l'écho
du silence infini
C'est à peine si mon souffle
dans l'immense vacuité
fume et danse
en même temps dense et vide
comme le goulot
de la bouteille ébréché
où se blessent mes lèvres
pour siffler l’arrivée
sur le quai désert
d’un express fantôme
correspondance annulée
lettres perdues
destinée futile
L'horloge sans aiguille
pendue sur un mur gris
aux poutres rouillées
semble brouiller ma mémoire
Le temps piège sous son rets
le train de mes rêves
aller sans retour
fatale erreur d'aiguillage
d’un amour carcéral désinfecté
J’erre hagard égaré
salle des pas éperdus
d’un garde-barrière
désincarné
au passage à niveau
corrodé torturé
voies brisées
terminus
Serre-moi
seul au monde
Confiné
Paris, 19 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Printemps
sans fleur
épitaphe
d’un amour
écorché
Soleil
sans fard
espérance
d’un amour
écroué
Espoir
sans fin
pénitence
d’un amour
exfiltré
Paris, 20 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
Je n'adore ni n'assassine
Je n'aime ni ne tourmente
Je ne rêve ni ne vaticine
Je ne vole ni ne sauve
Je n'élève ni ne vexe
Je n'envie ni ne vois
Je n'enfume ni n'enflamme
Je ne viens ni ne vais
Je n'espère ni n’indiffère
L'aurea mediocritas
Horace et désespoir
sont d'un mortel ennui
Paris, 21 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Il fixe les cercles concentriques
qui se forment et déforment
sur la flaque paisible
jusqu'à l'évanouissement
Comme autant d'ombres
enserrant sa mémoire
ils estompent ses souvenirs
jusqu'à l'effacement
Où sont les rêves d'antan
les parfums les saveurs
les herbes folles
jusqu'au ruissèlement
Il longe les murs
ignore les murmures
emmure le silence
jusqu’à l’effritement
Il reste les brumes
les chimères la folie
les rimes délétères
jusqu'à l'éclatement
Il sublime le froid
ses sortilèges le vide
l'absence et la nuit
jusqu'à l'épuisement
Il sait le leurre de croire
attend l'heure lâche
et l'hiver morphine
jusqu'à l'endormissement
Il hait les petites morts
sordides et lentes
de ces morts assassines
jusqu'au délitement
Il redoute les amours
le chant des déroutes
des inventaires sans âme
jusqu'au déchirement
Ni pardon ni vengeance
la vie s'effiloche en mitraille
lambeaux de ciel échafaud
jusqu'au craquèlement
Et si faute d’amour
il te blesse à mort
que s’acharne le sort
jusqu'au renoncement
Si je meurs un jour
Ne priez pas
Riez pour moi
Jusqu’à l’embrasement
He stares at the concentric circles
which form and deform
on the peaceful puddle
until it vanishes
Like so many shadows
enclosing his memory
they fade his remembrances
until it erases
Where are the yesteryear dreams
the perfumes and flavors
the wild grasses
until it trickles
It runs along the walls
ignores whispers
walls the silence
until it crumbles
The mists remain
chimeras madness
noxious rhymes
until it bursts
It sublimates the cold
his spells the void
absence and night
until it burns
He knows the lure to believe
wait for the loose hour
and morphine winter
until it sleeps
He hates the little slow
and sordid dead
of these murderous dead
until it liquefies
He dreads love
the song of defeats
soulless inventories
until it tears
Neither forgiveness nor revenge
life is fraying in grape-shot
scraps of sky scaffold
until it cracks
If lack of love
it hurts you to death
if the fate persists
until it denies
If I die someday
Don't pray
Laugh for me
Until it ignites
Paris, 22 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
Ton printemps s’invite à la fenêtre
et le soleil se joue des ombres
Silence pesant – d’une après-midi d’été
malgré l’air frissonnant –
rompu par le râle rauque
d’une corneille graillant d’amour
Mars a son armure virale
et puisque l’on rationne l’irrationnel…
Je m’inviterai dans tes rêves
m’y loverai sous la caresse de tes ailes
(velours)
J’y blanchirai tes nuits
(incertaines)
de celles qui tombent des étoiles
Paris, 23 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Sur les pas empesés
Piétinés de pièce en pièce
Dans les yeux étourdis
hydroalcooliques
De l’hydre idolâtrée
Je te vois tu t’en vas
Tu me mens
Tu me manques
Tu m’aimes
Tu m’émeus
Tu me tentes
Tu m’étends
Je t’entends
J’ai cent ans
Le temps me manque
Je t’attends
Fou du roi
Tu foudroies
Froide reine
Roi de cœur
En silence
En sirène
En murmure
En murène
Emmurée
Esseulée
Et seul laid
Je t’essaime
Tu désaimes
Je t’enlace
Tu te lasses
Je te sers
Tu me serres
Tu m’enserres
Je m’enferre
Tu m’enterres
Sous tes pas empressés
À tes yeux éperdus
Seize lumières
Se sont éteintes
Sans étreinte
Seize petits vieux
Petites vieilles
Seize ici quinze là-bas
Par dizaines
Sans regard
Sans un mot
Ah mes vos profits
Sans regard
Sans un mot
Juste avec notre colère
Légitime
Inutile
Ah mais si demain
Paris, 24 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
Serais-je un écrieur
Un qui crie de l'intérieur
Qui écrie vers l'extérieur
J'écrie t'écrie décrie
Tel l'écri des mouettes
Insulte aux confiné.es
L'esprit de la bohème
L'écri de ce poème
Blême poètesse
Éprise de liberté
De vie de mort mêlées
D'envies d'ennuis
Je ne travaille pas
Je broie des fraises
Je rêve de braises
D’oriflammes rouges
En lignes arrières
Insipides
Tu ne vaux rien
Je ne veux rien
Sinon la force
D’écrier
D’azurer
D’encieller
Charbonner
Tant de pages blanches
Calciner
La morgue à ta bouche
L’ineptie de tes mots
Ton souffle fétide
Le spectre du silence
Paris, 25 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Dans les abysses
de tes yeux poètes
se noie la mémoire abimée
de l'enfance
Il n'en reste anesthésiée
que l'infinuité
de constellations
d'étoiles emmorphinisées
des millénaires avant
des paravents du temps
qui s'effiloche et s'efface
sombre ou s'envole
endeuille le souvenir
de cieux séculaires
et l’immatérielle envie
de magnifier le ciel
Et si ton rêve survit
si ta sève un jour
irrigue le bonheur
si ton sang manigance
pour égrener les jours
pour égrainer d'amour
le jardin de tes peines
d'autres étoiles
d'autres lunes
résilientes
illumineront les pupilles
embuées ombragées
de l'espérance
jusqu'à la réconciliation
de ton âme et de la vie
alors l'infinuité
t'é-m’é-merveillera
Paris, 26 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
L’écorce sentinelle
du marronnier de la cour
dit l’arbre et son histoire
ses nœuds-cicatrices
ses plaies nerveuses
temporelles
rugueuses
ou douces terres promises
de lichens et de mousses
Ses racines
souffrent
à fleur de terre
et de bitume
Lorsque son feuillage vernal
presque enfantin
renait et bruit au chant des merles
des moineaux des mésanges
lorsque ses bourgeons suintant
attirent dans la ramure
les ramiers acrobates
qui supplantent entre les murs
les cris familiers des élèves
l’arbre s’étire céleste
et s’enracine en vertige
dans l’horizon vert azur
et l’ombre d’un murmure
Paris, 27 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
Belle ténébreuse énigmatique
ton regard océan fascine
et invite au silence
à laisser rugir les vagues de désir
à taire ces mots qui supplient la raison
et nous abandonner cœur à cœur
à l'essencielle infinie passion
Sensuelle Alibech
ou fille des ténèbres
ton sourire est lumière
il illumine mes songes obscurs
de ta délicieuse insolente jeunesse
Ton épiderme diaphane
est doux à mes lèvres
qui frissonnent ta chair
ensorcelante divinité
troublante de nudité
sur le cuir du divan
Ton frisson soulève mes rêves
anachorètes et torturés
souffle le voile sur tes reins
opalescents
et j'imagine mille et une
nuits épidermiques
dans les enfers de ton paradis philogyne
Survivrai-je au désir
à son envoutement
à sa mort lente et mystique
au feu qui me consume
comme un accomplissement
de ma lancinante mélancolie
Saurai-je être digne
de renaitre de mes cendres
Rendrai-je à ton charme
énigmatique et ténébreux
l’irradiante beauté
de ton infernal et délicieux jardin
Saurai-je être à toi
Paris, 28 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement



De dune en dune
en ce soir qui s'étire
sans lune sans phare
sans fard sans je t'aime
je promène sur ta peau
la promesse d'un désir
le croissant d'un sourire
ou peut-être la blessure
le parfum de ces murs
qui confine à la folie
qui confine la folie
et son silence
On entend même
le velours de ta chair
incandescente
frissonnant sous la plume
de mes doigts incertains
On entend même
le battement de tes cils
et le torrent de vie
qui parcourt tes veines
l’espace de ton corps
épris de liberté
comme une dernière fois
On entend même
le sable de tes seins
qui ondule au souffle
muet de ton cœur
dans l'Indécis instant
immobile et nu
On entend même
en cet Éden encloitré
la cascade salée
de cette sublime perle
d’écume exsudée
On entend même
en mon âme
ce poème taciturne
et non-né
Paris, 29 mars
© Autobiopoèmes,
Des mots pour un déconfinement
Quatorzaine écoulée
une avalanche
ensevelit nos certitudes
mars s'en est allé
Nous rêvions d'océan
d'embruns de giboulées
de soleil de printemps
Nous rêvions de nouveau
rivage insensé
de blondes sirènes
mais du haut de misaine
l'horizon s'est voilé
l'espoir envolé
et l'hiver seule demeure
avec ses sabordages
et ses naufragées
Des iles parfumées
il ne reste qu'un gouffre
à l'infini béant
gouffre du néant
des artifices promis
il ne reste qu'un cratère
sacrificiel inassouvi
d'illégitimes amours
de piètres trahisons
de nos pures passions
Nos poèmes
nos poèmes de peau
nos poèmes de chair
nos poèmes de sang
de cœur à corps
nos poèmes d’âme
d’amour
ont fini consumés
sur le bucher perfide
d'inquisiteurs avides
victimes assassines
De lunes absentes
en coupable absinthe
vieux corsaire en déroute
claquent les voiles
et le pavillon
de mort et de sang
je vous en crève
que mon rêve vous hante
aux vents d’espérance
d’un meilleur avril
Paris, 30 mars
Autobiopoèmes,
Des mots pour un déconfinement
Tu éparpilles la vie et ses nuages lourds
Tu écartèles les mages et leurs recueils censurés
leurs poèmes écueils
leurs poèmes cercueils
d’existences éparses
à l’innommable alchimie
Tu désavoues dieux pervers et déesses abjectes
et les sacrifies sur l’autel des confins
tu crucifies les origines et leurs vieilles chimères
Tu songes à livrer
l’amour à l’ivraie
l’amour à l’ivresse
à bannir les moissons
les arcanes du siècle
Tu mêles le ciel de lin
l’or des blés de l’enfer
l’adventice sanguine opiacée
à la mer plombée
à l’amère lubie
d’un mirage inachevé
Tu métronomes les rêves
incarcères les sirènes
embrases l’espoir
à l’aurore calcinée
Poète du soleil
et des lunes fades
au destin sans nom
Poète des lumières
et des ombres indociles
Poète des mémoires
et de l’oubli séculaires
Poète de l’infini
de l’immensité du vide
Poète de la vie
et de la mort invasive
Paris, 31 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
Tu lèves l’ancre des murailles de chairs et de cris
largues d’un souffle les amarres d’os et de cendres
émascules l’archange d’argile
de sa gangrène verbeuse
abrèges sa souffrance
d’une rature rageuse
À l’aube en sa robe asphaltée
de foutre et de sang
tu dilapides et rends vaine toute espérance
abolis le divin et son océan d’ignorance
Tu es le phare vulnérable mais fier
sur son banc de sable et de craie
la foudre et le néant
Tu noircis les soleils et blanchis l’horizon
captives les heures et remontes le temps
Tu perces le mur sidéral
au fond de l’impasse des limbes
t’y engouffres en lames de larmes
dans le vacarme d’un carnaval funèbre
Tu jubiles de ces corps drapés de drames
de ces noyades d’amour
avec ou sans sirène
de la violence acouphène
de l’incertaine sarabande du temps
en avide tocsin
d’un printemps qui s’achève
en glas diabolique
avant même avoir été
Tu t’accroches
aux aléatoires lueurs éthyliques
te retiens aux cordages
trébuches sur la grève
maudis la tempête
qui débrume nos ports
Tu hais pourtant le marin titubant
sa vieille défroque toxique
le vide étouffant
les versants volatiles
les versets psalmodiés
les vers et les rimes
Tu écoutes l’attente
et son obscène silence
Tu écourtes le temps
de ta danse macabre
l’encercles de tes bras taiseux
en rythmes les sens
de ce refrain funéraire
antienne lugubre
et ridicule
ad infinitum
ad libitum
« Je ne laisserai personne dire
qu’il y a eu du retard
sur la prise de décision
s’agissant du confinement »
« Je ne laisserai personne dire
qu’il y a eu du retard
sur la prise de décision »
« Je ne laisserai personne dire
qu’il y a eu du retard »
« Je ne laisserai personne dire »*
Tu n’es plus rien
ni pour personne
Ad nauseam
Paris, 1er avril
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
* Édouard Philippe à Matignon le 28 mars 2020
Version originale par Emmanuel Macron sur Twitter le 20 juillet 2017
« Je ne laisserai personne dire
que des choix budgétaires
se font aux dépens
de notre sécurité. »
Merci à Laurine Roux de m'avoir inspiré la conclusion de ce texte.
En hommage à Laurent,
trop jeune professeur pour décéder du coronavirus,
en soutien à sa femme et ses enfants
Pourras-tu remonter l'horloge de tes rêves
amender les terres noires de ta pensée
apaiser la mer moire de tes sentiments
et redessiner les courbes de tes déroutes
Je lis entre tes mots
ces espaces d'albâtre où l'écrit s'évapore
dans les cris d'un amour qui se meurt
dans les déchirements de ton âme
Les étoiles déchues
viennent par centaines périr sur le bitume
piétinées souillées par les chiens
et les pas pressés de passants inquiets
Nous les laissons-là avec habitude
s’effacer sans deuil ni cérémonie
dans la honte et l’oubli
les limbes des cités
Aucun dit pour l’indicible
aucune haine aucun pardon
pour de s(m)inistres imbéciles
qui abandonnent cœur et raison
Paris, 2 avril
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Tu es mon ambroisie
Ma césure à l’hémistiche
L’amertume et la vertu
Le psilocybe et sa sagesse insipide
Les psaumes et leur opaque pythie
Mes poèmes résorbés
Le métronome monotone et nu
L’océan belliqueux et fier
La marche au clairon de l’aurore
Mes recueils inédités
Mais tu cisèles mes maux
M’inocules ta folie
Arrimes mes rimes
Pauvres et riches
Fêles mes verres
À moitié vides
De ton acerbe absinthe
La mort s'en fiche
Et sa voix cristalline
Recueille en mon cercueil austère
Les priapées que je n’aurai pas lues
Tous ces vers que je n’aurai pas rêvés
Paris, 3 avril
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
Je marche sur un fil d'acier
entre Charybde et Scylla
fil de vie
fil de soie
fil de soi
Je funambule
ma solitude
dans les interstices
de mots
Je suspends leur sens
et mon spleen
au-dessus du vide
Au-delà de cet insolent
printemps
morose et noir
je nous projette
de la fenêtre
vers un solstice incertain
un serein idéal
de cerises et de roses
de tridules d’arondes
des dunes nues et blondes
et de tumultueux estrans
Après la mort
l’amour
Paris, 4 avril
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
(Un temps périt)
Le temps m’importune
lorsqu’il est sentinelle
cartographie les étoiles
meurtrit le printemps
transite en mes chairs
sillonne mes rides
scrute mon destin
déteste mes rêves
contient mes amours
et mes désirs d’ailleurs
en sa ligne de mire
retient mes pas pressés ou perdus
détient les clefs de ma geôle
maintient l’ordre despote
entretient la haine
et soutient le pire
Mais le temps m’appartient
je l’abolis
l’atomise
l’alchimise
le tempsdescerise
Puis par la lucarne
à la cantonade
je chante l’appel
à l’escapade
m’évade avec
mes troubadours
mes camarades
L’espoir bientôt
soufflera sur
nos barricades
Paris, 5 avril
© Autobiopoèmes,
Des mots pour un déconfinement
Mon être est un âtre
Il n'est parfois que cendres
Mais quand ta main d'amour y rallume une flamme
quand de l'étincelle jaillit le feu qui réchauffe le cœur et illumine la nuit
je suis un autre
Et j'aime cet enfer-là
Mon être est un éden
Il n’est parfois qu’argile boueuse
Je m’y enlise souvent
m'égare sur les sentes sinueuses de nos sentiments
mes mots bafouillent et se pétrifient
Alors ton amour aspire mes pensées
ta peau douce et ta caresse nue
lissent mes aspérités
gomment les grilles
le printemps gazouille et refleurit
Et j’aime ce paradis là