Des mots

pour un déconfinement


1ère partie

Paris 2020-03-22 (7)

JOUR -1


Depuis des semaines se développait l'épi(pan)démie liée au coronavirus quand, ce lundi 16 mars, le président de la République française annonce le confinement sur l'ensemble du territoire.

Comment allions-nous vivre ces longues journées, semaines ? Comment garder l'indispensable lien social ?

L'idée m'est immédiatement venue de me lancer un défi, moi qui aime travailler, retravailler sans cesse mes textes, parfois pendant des mois : écrire chaque jour pour me, nous déconfiner. Pousser les murs, abolir les frontières, rester ensemble, partager.

Lecteur·trice, amoureux·se de la vie, de la poésie, prends bien soin de toi, de celles et ceux que tu aimes.

Et, d'où que tu sois (plus ou moins) confiné·e, s'il te vient l'envie de partager une émotion, une remarque, un texte, une photographie, une création plastique, tes messages sont les bienvenus


Paris, 16 mars

Photographies © HB

Le mot : confiner


« Forcer à rester dans un espace limité. » Robert

« Enfermer quelqu'un dans un lieu, le tenir dans d'étroites limites : Confiner un subordonné dans le cadre de ses fonctions. » Larousse

« Reléguer quelqu'un dans un certain lieu. » Littré

« Procédure de sécurité visant à protéger des personnes dans des espaces clos afin d’éviter, un contact avec un nuage nocif (de gaz ou radioactif), ou la propagation d’une maladie infectieuse. » Wictionnaire

Synonymes : enfermer, cloitrer, isoler, retirer, reléguer, cantonner, boucler

Étymologie : vient du mot confins, du latin médiéval confinia lui-même issu du latin confine de finis : limite. Confinner apparait dès 1225 dans le sens d’enfermer ; le mot confinement entre en scène en 1579 dans le sens d’emprisonnement.

JOUR 1


Seul·e comme un·e

CONcédé·e

CONtrouvé·e

CONfessé·e

CONtrarié·e

CONtesté·e

CONsterné·e

CONtourné·e

CONspiré·e

CONjuré·e

CONtracté·e

CONtrôlé·e

CONvoqué·e

CONfronté·e

CONcentré·e

CONvulsé·e

CONgédié·e

CONsigné·e

CONfisqué·e

CONcassé·e

CONdamné·e

CONsumé·e

CONfiné·e

Seul·e comme une…


Paris, 17 mars

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Paris 2020-03-22 (1) PF

JOUR 2


à EB, 15 ans aujourd'hui


Quand l'hiver dilue

gomme

efface


Ce printemps tait

scelle

confine

Si l'été terre

brise

étouffe

L'automne nie

meurt

enterre


Je vis par ce que tu rêves

crées

espères


Je vis par ce que tu danses

chantes

dessines


Je vis par ce que tu cries

hurles

déclames


Je vis par ce que tu es


Je vis parce que tu es


Paris, 18 mars

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 3



Mon amour est une gare

désaffectée

Aucun pas n'y résonne

aucun cri

aucun pleur

aucun rire

Rien ni personne

ne trouble l'écho

du silence infini

C'est à peine si mon souffle

dans l'immense vacuité

fume et danse

en même temps dense et vide

comme le goulot

de la bouteille ébréché

où se blessent mes lèvres

pour siffler l’arrivée

sur le quai désert

d’un express fantôme

correspondance annulée

lettres perdues

destinée futile

L'horloge sans aiguille

pendue sur un mur gris

aux poutres rouillées

semble brouiller ma mémoire

Le temps piège sous son rets

le train de mes rêves

aller sans retour

fatale erreur d'aiguillage

d’un amour carcéral désinfecté

J’erre hagard égaré

salle des pas éperdus

d’un garde-barrière

désincarné

au passage à niveau

corrodé torturé

voies brisées

terminus

Serre-moi

seul au monde

Confiné


Paris, 19 mars

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Paris 2020-03-22 (3) PF

JOUR 4



Printemps

sans fleur

épitaphe

d’un amour

écorché


Soleil

sans fard

espérance

d’un amour

écroué


Espoir

sans fin

pénitence

d’un amour

exfiltré


Paris, 20 mars

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 5


Je n'adore ni n'assassine

Je n'aime ni ne tourmente

Je ne rêve ni ne vaticine

Je ne vole ni ne sauve

Je n'élève ni ne vexe

Je n'envie ni ne vois

Je n'enfume ni n'enflamme

Je ne viens ni ne vais 

Je n'espère ni n’indiffère

L'aurea mediocritas

Horace et désespoir

sont d'un mortel ennui


Paris, 21 mars

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Paris 2020-03-22 (4) PF

JOUR 6



Il fixe les cercles concentriques

qui se forment et déforment

sur la flaque paisible

jusqu'à l'évanouissement


Comme autant d'ombres

enserrant sa mémoire

ils estompent ses souvenirs

jusqu'à l'effacement


Où sont les rêves d'antan

les parfums les saveurs

les herbes folles

jusqu'au ruissèlement


Il longe les murs

ignore les murmures

emmure le silence

jusqu’à l’effritement


Il reste les brumes

les chimères la folie

les rimes délétères 

jusqu'à l'éclatement


Il sublime le froid

ses sortilèges le vide

l'absence et la nuit

jusqu'à l'épuisement 


Il sait le leurre de croire

attend l'heure lâche

et l'hiver morphine

jusqu'à l'endormissement


Il hait les petites morts

sordides et lentes

de ces morts assassines 

jusqu'au délitement


Il redoute les amours 

le chant des déroutes 

des inventaires sans âme

jusqu'au déchirement


Ni pardon ni vengeance 

la vie s'effiloche en mitraille

lambeaux de ciel échafaud

jusqu'au craquèlement 


Et si faute d’amour

il te blesse à mort

que s’acharne le sort

jusqu'au renoncement


Si je meurs un jour

Ne priez pas

Riez pour moi

Jusqu’à l’embrasement

6th DAY



He stares at the concentric circles

which form and deform

on the peaceful puddle

until it vanishes


Like so many shadows

enclosing his memory

they fade his remembrances

until it erases


Where are the yesteryear dreams

the perfumes and flavors

the wild grasses

until it trickles


It runs along the walls

ignores whispers

walls the silence

until it crumbles


The mists remain

chimeras madness

noxious rhymes

until it bursts


It sublimates the cold

his spells the void

absence and night

until it burns


He knows the lure to believe

wait for the loose hour

and morphine winter

until it sleeps


He hates the little slow

and sordid dead

of these murderous dead

until it liquefies


He dreads love

the song of defeats

soulless inventories

until it tears


Neither forgiveness nor revenge

life is fraying in grape-shot

scraps of sky scaffold

until it cracks


If lack of love

it hurts you to death

if the fate persists

until it denies


If I die someday

Don't pray

Laugh for me

Until it ignites


Paris, 22 mars

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 7

 

 

Ton printemps s’invite à la fenêtre

et le soleil se joue des ombres

Silence pesant – d’une après-midi d’été

malgré l’air frissonnant –

rompu par le râle rauque

d’une corneille graillant d’amour


Mars a son armure virale

et puisque l’on rationne l’irrationnel…


Je m’inviterai dans tes rêves

m’y loverai sous la caresse de tes ailes

(velours)

J’y blanchirai tes nuits

(incertaines)

de celles qui tombent des étoiles


Paris, 23 mars

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Paris 2020-03-22 (11) PF

JOUR 8

 

Sur les pas empesés

Piétinés de pièce en pièce

Dans les yeux étourdis

hydroalcooliques

De l’hydre idolâtrée

Je te vois tu t’en vas

Tu me mens

Tu me manques

Tu m’aimes

Tu m’émeus

Tu me tentes

Tu m’étends

Je t’entends

J’ai cent ans

Le temps me manque

Je t’attends

Fou du roi

Tu foudroies

Froide reine

Roi de cœur

En silence

En sirène

En murmure

En murène

Emmurée

Esseulée

Et seul laid




Je t’essaime

Tu désaimes

Je t’enlace

Tu te lasses

Je te sers

Tu me serres

Tu m’enserres

Je m’enferre

Tu m’enterres

Sous tes pas empressés

À tes yeux éperdus

Seize lumières

Se sont éteintes

Sans étreinte

Seize petits vieux

Petites vieilles

Seize ici quinze là-bas

Par dizaines

Sans regard

Sans un mot

Ah mes vos profits

Sans regard

Sans un mot

Juste avec notre colère

Légitime

Inutile

Ah mais si demain


Paris, 24 mars

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 9

Serais-je un écrieur

Un qui crie de l'intérieur

Qui écrie vers l'extérieur

J'écrie t'écrie décrie

Tel l'écri des mouettes

Insulte aux confiné.es

L'esprit de la bohème

L'écri de ce poème

Blême poètesse

Éprise de liberté

De vie de mort mêlées

D'envies d'ennuis

Je ne travaille pas

Je broie des fraises

Je rêve de braises

D’oriflammes rouges

En lignes arrières

Insipides

Tu ne vaux rien

Je ne veux rien

Sinon la force

D’écrier

D’azurer

D’encieller

Charbonner

Tant de pages blanches

Calciner

La morgue à ta bouche

L’ineptie de tes mots

Ton souffle fétide

Le spectre du silence

Paris, 25 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Paris 2020-03-23 (9) PF

JOUR 10


 

Dans les abysses

de tes yeux poètes

se noie la mémoire abimée

de l'enfance

Il n'en reste anesthésiée

que l'infinuité

de constellations

d'étoiles emmorphinisées

des millénaires avant

des paravents du temps

qui s'effiloche et s'efface

sombre ou s'envole

endeuille le souvenir

de cieux séculaires

et l’immatérielle envie

de magnifier le ciel


Et si ton rêve survit

si ta sève un jour

irrigue le bonheur

si ton sang manigance

pour égrener les jours

pour égrainer d'amour

le jardin de tes peines

d'autres étoiles

d'autres lunes

résilientes

illumineront les pupilles

embuées ombragées

de l'espérance

jusqu'à la réconciliation

de ton âme et de la vie

alors l'infinuité

t'é-m’é-merveillera



Paris, 26 mars

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 11



L’écorce sentinelle

du marronnier de la cour

dit l’arbre et son histoire

ses nœuds-cicatrices

ses plaies nerveuses

temporelles

rugueuses

ou douces terres promises

de lichens et de mousses

Ses racines

souffrent

à fleur de terre

et de bitume


Lorsque son feuillage vernal

presque enfantin

renait et bruit au chant des merles

des moineaux des mésanges

lorsque ses bourgeons suintant

attirent dans la ramure

les ramiers acrobates

qui supplantent entre les murs

les cris familiers des élèves

l’arbre s’étire céleste

et s’enracine en vertige

dans l’horizon vert azur

et l’ombre d’un murmure


Paris, 27 mars

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 12


 

Belle ténébreuse énigmatique

ton regard océan fascine

et invite au silence

à laisser rugir les vagues de désir

à taire ces mots qui supplient la raison

et nous abandonner cœur à cœur

à l'essencielle infinie passion


Sensuelle Alibech

ou fille des ténèbres

ton sourire est lumière

il illumine mes songes obscurs

de ta délicieuse insolente jeunesse

Ton épiderme diaphane

est doux à mes lèvres

qui frissonnent ta chair

ensorcelante divinité

troublante de nudité

sur le cuir du divan


Ton frisson soulève mes rêves

anachorètes et torturés

souffle le voile sur tes reins

opalescents

et j'imagine mille et une

nuits épidermiques

dans les enfers de ton paradis philogyne


Survivrai-je au désir

à son envoutement

à sa mort lente et mystique

au feu qui me consume

comme un accomplissement

de ma lancinante mélancolie


Saurai-je être digne

de renaitre de mes cendres


Rendrai-je à ton charme

énigmatique et ténébreux

l’irradiante beauté

de ton infernal et délicieux jardin


Saurai-je être à toi


Paris, 28 mars

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Ecorces (11)

Ecorces (5)

Ecorces (7)

JOUR 13



De dune en dune

en ce soir qui s'étire

sans lune sans phare

sans fard sans je t'aime

je promène sur ta peau

la promesse d'un désir

le croissant d'un sourire

ou peut-être la blessure

le parfum de ces murs

qui confine à la folie

qui confine la folie

et son silence


On entend même

le velours de ta chair

incandescente

frissonnant sous la plume

de mes doigts incertains


On entend même

le battement de tes cils

et le torrent de vie

qui parcourt tes veines

l’espace de ton corps

épris de liberté

comme une dernière fois


On entend même

le sable de tes seins

qui ondule au souffle

muet de ton cœur

dans l'Indécis instant

immobile et nu


On entend même

en cet Éden encloitré

la cascade salée

de cette sublime perle

d’écume exsudée


On entend même

en mon âme

ce poème taciturne

et non-né


Paris, 29 mars

© Autobiopoèmes,

Des mots pour un déconfinement

JOUR 14



Quatorzaine écoulée

une avalanche

ensevelit nos certitudes

mars s'en est allé

Nous rêvions d'océan

d'embruns de giboulées

de soleil de printemps

Nous rêvions de nouveau

rivage insensé

de blondes sirènes

mais du haut de misaine

l'horizon s'est voilé

l'espoir envolé

et l'hiver seule demeure

avec ses sabordages

et ses naufragées


Des iles parfumées

il ne reste qu'un gouffre

à l'infini béant

gouffre du néant

des artifices promis

il ne reste qu'un cratère

sacrificiel inassouvi

d'illégitimes amours

de piètres trahisons

de nos pures passions


Nos poèmes

nos poèmes de peau

nos poèmes de chair

nos poèmes de sang

de cœur à corps

nos poèmes d’âme

d’amour

ont fini consumés

sur le bucher perfide

d'inquisiteurs avides

victimes assassines


De lunes absentes

en coupable absinthe

vieux corsaire en déroute

claquent les voiles

et le pavillon

de mort et de sang

je vous en crève

que mon rêve vous hante

aux vents d’espérance

d’un meilleur avril


Paris, 30 mars

Autobiopoèmes,

Des mots pour un déconfinement

JOUR 15



Tu éparpilles la vie et ses nuages lourds

Tu écartèles les mages et leurs recueils censurés

leurs poèmes écueils

leurs poèmes cercueils

d’existences éparses

à l’innommable alchimie

Tu désavoues dieux pervers et déesses abjectes

et les sacrifies sur l’autel des confins

tu crucifies les origines et leurs vieilles chimères

Tu songes à livrer

l’amour à l’ivraie

l’amour à l’ivresse

à bannir les moissons

les arcanes du siècle

Tu mêles le ciel de lin

l’or des blés de l’enfer

l’adventice sanguine opiacée

à la mer plombée

à l’amère lubie

d’un mirage inachevé

Tu métronomes les rêves

incarcères les sirènes

embrases l’espoir

à l’aurore calcinée

Poète du soleil

et des lunes fades

au destin sans nom

Poète des lumières

et des ombres indociles

Poète des mémoires

et de l’oubli séculaires

Poète de l’infini

de l’immensité du vide

Poète de la vie

et de la mort invasive


Paris, 31 mars

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 16



Tu lèves l’ancre des murailles de chairs et de cris

largues d’un souffle les amarres d’os et de cendres

émascules l’archange d’argile

de sa gangrène verbeuse

abrèges sa souffrance

d’une rature rageuse

À l’aube en sa robe asphaltée

de foutre et de sang

tu dilapides et rends vaine toute espérance

abolis le divin et son océan d’ignorance

Tu es le phare vulnérable mais fier

sur son banc de sable et de craie

la foudre et le néant

Tu noircis les soleils et blanchis l’horizon

captives les heures et remontes le temps

Tu perces le mur sidéral

au fond de l’impasse des limbes

t’y engouffres en lames de larmes

dans le vacarme d’un carnaval funèbre



Tu jubiles de ces corps drapés de drames

de ces noyades d’amour

avec ou sans sirène

de la violence acouphène

de l’incertaine sarabande du temps

en avide tocsin

d’un printemps qui s’achève

en glas diabolique

avant même avoir été

Tu t’accroches

aux aléatoires lueurs éthyliques

te retiens aux cordages

trébuches sur la grève

maudis la tempête

qui débrume nos ports

Tu hais pourtant le marin titubant

sa vieille défroque toxique

le vide étouffant

les versants volatiles

les versets psalmodiés

les vers et les rimes

Tu écoutes l’attente

et son obscène silence



Tu écourtes le temps

de ta danse macabre

l’encercles de tes bras taiseux

en rythmes les sens

de ce refrain funéraire

antienne lugubre

et ridicule

ad infinitum

ad libitum

« Je ne laisserai personne dire

qu’il y a eu du retard

sur la prise de décision

s’agissant du confinement »

« Je ne laisserai personne dire

qu’il y a eu du retard

sur la prise de décision »

« Je ne laisserai personne dire

qu’il y a eu du retard »

« Je ne laisserai personne dire »*

Tu n’es plus rien

ni pour personne

Ad nauseam


Paris, 1er avril

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

* Édouard Philippe à Matignon le 28 mars 2020

Version originale par Emmanuel Macron sur Twitter le 20 juillet 2017

« Je ne laisserai personne dire

que des choix budgétaires

se font aux dépens

de notre sécurité. »

Merci à Laurine Roux de m'avoir inspiré la conclusion de ce texte. 

Jour 17


 

En hommage à Laurent,

trop jeune professeur pour décéder du coronavirus,

en soutien à sa femme et ses enfants



Pourras-tu remonter l'horloge de tes rêves

amender les terres noires de ta pensée

apaiser la mer moire de tes sentiments

et redessiner les courbes de tes déroutes


Je lis entre tes mots

ces espaces d'albâtre où l'écrit s'évapore

dans les cris d'un amour qui se meurt

dans les déchirements de ton âme


Les étoiles déchues

viennent par centaines périr sur le bitume

piétinées souillées par les chiens

et les pas pressés de passants inquiets


Nous les laissons-là avec habitude

s’effacer sans deuil ni cérémonie

dans la honte et l’oubli

les limbes des cités


Aucun dit pour l’indicible

aucune haine aucun pardon

pour de s(m)inistres imbéciles

qui abandonnent cœur et raison


Paris, 2 avril

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Paris 2020-03-28 rue Claude Decaen 12e PF

JOUR 18


 
Tu es mon ambroisie

Ma césure à l’hémistiche

L’amertume et la vertu

Le psilocybe et sa sagesse insipide

Les psaumes et leur opaque pythie

Mes poèmes résorbés

Le métronome monotone et nu

L’océan belliqueux et fier

La marche au clairon de l’aurore

Mes recueils inédités


Mais tu cisèles mes maux

M’inocules ta folie

Arrimes mes rimes

Pauvres et riches

Fêles mes verres

À moitié vides

De ton acerbe absinthe


La mort s'en fiche

Et sa voix cristalline

Recueille en mon cercueil austère

Les priapées que je n’aurai pas lues

Tous ces vers que je n’aurai pas rêvés


Paris, 3 avril

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 19


Je marche sur un fil d'acier

entre Charybde et Scylla

fil de vie

fil de soie

fil de soi

Je funambule

ma solitude

dans les interstices

de mots

Je suspends leur sens

et mon spleen

au-dessus du vide


Au-delà de cet insolent

printemps

morose et noir

je nous projette

de la fenêtre

vers un solstice incertain

un serein idéal

de cerises et de roses

de tridules d’arondes

des dunes nues et blondes

et de tumultueux estrans


Après la mort

l’amour

Paris, 4 avril

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 20



(Un temps périt)


Le temps m’importune

lorsqu’il est sentinelle

cartographie les étoiles

meurtrit le printemps

transite en mes chairs

sillonne mes rides

scrute mon destin

déteste mes rêves

contient mes amours

et mes désirs d’ailleurs

en sa ligne de mire

retient mes pas pressés ou perdus

détient les clefs de ma geôle

maintient l’ordre despote

entretient la haine

et soutient le pire


Mais le temps m’appartient

je l’abolis

l’atomise

l’alchimise

le tempsdescerise




Puis par la lucarne

à la cantonade

je chante l’appel

à l’escapade

m’évade avec

mes troubadours

mes camarades


L’espoir bientôt

soufflera sur

nos barricades


Paris, 5 avril

© Autobiopoèmes,

Des mots pour un déconfinement

JOUR 21



Mon être est un âtre

Il n'est parfois que cendres

Mais quand ta main d'amour y rallume une flamme

quand de l'étincelle jaillit le feu qui réchauffe le cœur et illumine la nuit

je suis un autre


Et j'aime cet enfer-là


Mon être est un éden

Il n’est parfois qu’argile boueuse

Je m’y enlise souvent

m'égare sur les sentes sinueuses de nos sentiments

mes mots bafouillent et se pétrifient

Alors ton amour aspire mes pensées

ta peau douce et ta caresse nue

lissent mes aspérités

gomment les grilles

le printemps gazouille et refleurit


Et j’aime ce paradis là


Paris, 6 avril
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement