Des mots

pour un déconfinement


3e partie

Paris 2020-04-11 52 Wattignies (5)

Toujours confiné·es. 

En profiter pour redécouvrir ces petits riens du quotidien, 

ces petites merveilles que le temps pressé nous contraint à délaisser trop souvent. 

Besoin de se réapproprier le temps. 

Et l'espace.

Nous, en fait...

JOUR 36



Âme ciel d’orage

au cœur de mes nuits-pages blanches

au creux du souffle évanescent

du temps qui se fige ou ruisselle

j'implore la muse infidèle 

qu'elle inocule son venin-

suie dans les veines de mes ténèbres

distille ses amours ses haines


Je m’abandonne à tes doutes

tes peines et tes deuils


Paris, 21 avril

© Autobiopoèmes,Des mots pour un déconfinement

JOUR 37



Les ombres naissent de la lumière

Comme je sais l'amertume

à tes lèvres

j'ai la saveur du sucre

comme je sais

les apparences trompeuses

et l’envers sordide

la fétide beauté du silence

et les flots qui me bercent

ou me saoulent

je m’enveloppe des fragrances légères du vent


Nimbée d'amour

en mandorle d’améthyste

à contempler le ciel

Angesse en disgrâce

tu veux briser le carcan

qui t’emprisonne

aux confins de l’absurde

Paris 2020-04-22 École 52 Wattignies (1) PF

Au savoir vivre

à la pleine lumière

je préférai la pénombre

la folle ivresse

d’un amour libre et céleste


Je me lovai dans tes bras

j'étais dans de beaux draps

et froissai tes soies et dentelles


On me disait souvent

tu n'as besoin de parler

traitres tes yeux

parlent pour toi d'amour

de désamour

de bonheur ou de mélancolie


Mais garde la mémoire

les baisers

de mon regard


Et l’incandescence de tes nuits


Paris, 22 avril

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 38



Un courant d’air

audacieux

marin

une fenêtre claque

sur le quai

des mouettes tourbillonnent

rient dans la cour d’école

au-dessus de la dune de marronniers

vole au vent

le sable de leurs fleurs

Un irrésistible désir

de sortir sans esquisse

sans clepsydre

de parler à l’écume au vent

de la lancinante mélopée des vagues

funambuler sur l’horizon

exorciser le maléfice

voguer à l’aveugle

accoster libre

les sirènes lascives

à Cythère ou ailleurs

sur une ile incertaine

oscillant sans sextant

entre elles insouciantes

et mon irrésistible désir

de séduire les plus belles

les plus blondes

libertines

de noyer les amarres


ne plus revenir


et comme une antienne

défier le sort

renier les ports

défier la mer

renier l’amer

défier l’amour

renier la mort


Paris, 23 avril

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

J38 ill

JOUR 39



Ce ramier n’en fiche pas une

ramée

il coule des jours heureux

se laisse griser à la brise

s’ensoleille et parade

roucoule dans les rameaux

et volète d’ombre en lumière


Le dandy fait la cour

à la palombe amoureuse

qui se dandine

débourgeonne en trapèze

et gloutonne de sève

s’enivre et chancèle


Tourterelle et tourtereau se caressent

semblent s’étourdir

sans pudeur

en l’éclat nuancé de leur plumage


Sous les ébats

de l’oiselle et de l’oiseau

le marronnier enneige la cour

de ses volatiles pétales


Rassasiée

elle et lui recouvrent de fientes

comme un tapis de mousse

les marelles des enfants


Amours de cour

coprolithique

et cuprolithique


Paris, 24 avril

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 40


La morsure de mon poème

– prétentieux –

est comme celle de l'aube

– rhododactyle –


Elle te saisit au réveil

te fait sursauter

te glace les veines

e lacère


Tu maudis

me damne

me condamne


Tu frissonnes


Finalement tu l'aimes

ce petit rien

cette morsure d'ange


Le temps s'insinue dans

tous les interstices

ton anneau saturnal


Je vis et je viens

me satelliser

t’indissociabiliser


Tu médis

Tu me dis

Je t’aime


Paris, 25 avril

© Autobiopoèmes,

Des mots pour un déconfinement

JOUR 41


Nous étions belle sous le soleil

Il dessinait par les persiennes

Sur tes seins tes hanches merveilles

Des ombres marines vermeilles

Danses ou transes dionysiennes

Nous étions folle sous le soleil


Paris, 26 avril

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Paris 2020-04-26 (17)

JOUR 42



Que de remous d'amours

Dans mes méninges

Je nage j'emménage

Sur la crête écumeuse

De vagues rêves

Vaguement je divague

En vers je rime et dérime

Mes amours se mirent

Se nouent se noient

En mer moire se meurent

Je n’entends ni l’orage

Ni ma rage en écho

Insonore hurlement

Indolore sentiment

Inexorablement

Trop sensiblement


Paris, 27 avril

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Orage 1

JOUR 43



Le temps s’évapore

léger comme une enclume

J’observe impuissant

ses allées et venues


Ses virevoltes

rythment les heures

J’écris son inconstance

son impudeur


Il enchevêtre les jours

ride les rêves

fane les visages

au fond des geôles


Il assèche les sources

flétrit les âmes

comme un coquelicot

dans son bouton



Son miroir de larmes

reflète ta peine

et la vie carcérale

d’un printemps avorté


Je n’aime ni son masque

inutile anonyme

ni ses peurs

incontrôlables


Je récuse tes artifices

tes faux-semblants

et préfère tes fêlures

tes esquifs tes naufrages


Tu déraisonnes sycophante

d’indifférente mortifère

en amazone amoureuse

Tu aguiches je succombe


Paris, 28 avril

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 44



Que sont devenues

mes nuits de Paname

parnassiennes amoureuses

peuplées de féetauds et de fées

Elles s’allongent en ce printemps

viral et confiné

qui tourne à l’orage

prennent la teinte livide

des morts sans visage

sans nom

sans deuil

sans larme


À peine un soupir

un ultime

et ces corps s’entassent

sans âme sans adieu

statistiques sordides

dans les cases d’un tableau

graphiques et diagrammes

vides de sens

emplis d’oubli



Paris, 29 avril

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Jour 44 manuscrit

JOUR 45


J’aime dans un songe

écouter la nuit clandestine

les bruits étranges

de la ville perverse

aux murs nus et sales

ses murmures amoureux

sans âge ni passion

qui gardent en âme

une laisse insipide

incolore

inodore


J’aime la nuit

lorsqu’en songe passe

une angesse sans bruit

que le bruissement de ses elles

et le mythe miteux

son pucelage improbable

et le sel sentinelle

qui me ramène sage

à la déraison


Paris, 30 avril

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Chaplyn 2020-03-23 (2) PF

JOUR 46



Ce confinement me désincarne

je deviens félin

mystique et gris

mistigri

j’oscille sur le seuil

à la lourde entrouverte

bacchantes en alerte


Il est trop tôt

ou peut-être un peu tard

fait-il assez jour

sous ces cieux menaçants


Il n’y a dehors

pas un chat ça m’inquiète

mais au loin n’est-ce pas

un cerbère un cabot

qui musèle son maitre et le tient en laisse

poil hérissé

je sors mes griffes

prêt à bondir

il vaut mieux être sage

rebrousser chemin

repousser la porte

je me dois de sortir

le muguet est en fleurs

la fleuriste n’attend pas

et minette me tente

cette chatte a du chien


N’est-ce pas la bruine qui vient

lente et pénétrante

et sent le chien mouillé

ce soleil m’éblouit

le vent se lève

un frisson sur mon échine

des frimas au mois de mai

le bitume m’agresse

mes coussinets suintent

ne serais-je pas trop gris


Je suis agoraphobe

il faut battre en retraite

un molosse robocopé

sous son masque

attend que je sorte

cet autre mâtin

sans son masque

me dis viens coco

je te hais te confine

te coronavirusse

te dégrise en cellule

chien bleu chat noir

chauve-souris


Sauve-qui-peut

je suis pantophobe

pangoline-nous

reconfine-nous

étrange étrangère

LBD mon amour

ma petite bombe

lacrymale

je miaule feule et rugis

minouche avertie vaut deux crimes

pauvre j’enrage de ces rimes

qui ne riment à rien


Trop de monde sur la ville

piétine ta liberté

d’être et d’aller

là où bon te semble

les grands te bafouent

foulent aux pieds sur la grève

les conquis sociaux

nos jours heureux

nous


Premier mai confiné

premiers pas printaniers

c’est le manifeste du mois

mon manifeste à moi

je suis chat

gris blanquerisé

macronisé

échaudé chassé

de ses châteaux en Espagne


Paris, 1er mai

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Paris 2020-05-01 Muguet (4) PF

JOUR 47



Quand le rêve m'abandonne

sur les chemins escarpés

d'un avenir incertain

quand il m'emprisonne

dans ses geôles froides

le regard attiré par les flammes

d’une forge mythique

je m’égare


Le ruissèlement de la lave

qu’attise le soufflet

me consume à ses mots

à la morsure du brasier

à la brulure de la langue

à ces cris bâillonnés

nos vies martelées

trop approchées du soleil


Vulcain frappe à la porte

de mon cœur en enclume

ce fatras du silence

m'oxyde

m’étourdit


J'entends au loin corner

le train dans la brume des jours

je siffle l'ultime bouteille

comme on en jette à la mer

au destin maudit

avec nos amours

nos larmes rouillées


Mène moi jusqu'aux

rives de tes rêves

dans nos dérives 

vers la beauté nue 

de nos errances folles

en terre éphémère

où nos vies s'achèvent

en feu d’artifice


Paris, 2 mai

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

48th DAY



Those uncredible stories

rocked my childhood

I end up not believing it anymore

and concocted my own dreams


I imagined many words

created a magic world

many ladies many lords

I played with them

I lived with them

I sleeped with them


I imagined many words

I was drewing them in my soul

I awaked them for life

I was an creative and music god


I met loves

in bosom of my child life

but I put on gloves

I covered my heart my mind

on my silly soul

with a heavy black shroud


I'll never dream again

those scenes from childhood

Thanks to the piano

and Robert Schumann


Paris, 3 mai

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 49



Saurai-je un soir

éteindre les étoiles

endormir mes neurones

sur la plage dormante

m’abandonner

à la mer étale

me livrer cœur et âme

aux bras de Morphée

m’y confiner

noyé de larmes létales


Je te sais par corps

jusqu’à l’arc-en-ciel

de nos nuits violines

jusqu’aux tréfonds de ta chair

jusqu’au phare chancelant

sous l’assaut des vagues

sans peur sans colère

contre l’écume acérée

que laisse le flux capricieux

de ses lames sur ta peau

et le sable dans tes replis

les oyats sur tes dunes

le vaisseau naufragé

et l’ebbe sanglante

qui glace les os


Alors pourquoi ces limbes

ces falaises crieuses

ces rafales ces révoltes

qui sapent l’argile

les fossiles de craie

pourquoi ces armes

insoumis amour

ces fleurs de sel

qui souillent le revif

de mes rêves

palimpsestes

les parsèment de galets

d’éclats de silex

pourquoi le silence de nos sexes

après le tumulte des tempêtes


Peu m’importe s’il est tard

à ta montre


Peu m’importe

puisque la mer

monte


Paris, 4 mai

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 50



J’attends dans le silence inquiétant de la nuit blanche et noire

Pourquoi n’entendre ce soir que les battements de ton cœur heurtant les carreaux ruisselants et le souffle angoissé de ta bouche soupirer sur mes lèvres closes

La nuit muette crie sa souffrance dans l’ombre de ton absence

Les mots se consument avant d’être dits

Mes rêves parcheminés meurent avant de prendre vie


J’attends dans le silence inquiétant de la nuit noire et blanche que s’estompent les silhouettes monstrueuses

Pourquoi le jour libérateur ne nous sort-il pas de la frigide torpeur pénétrant nos corps confinés et mouillant nos draps gris et rêches où le ciel éteint l’assurance

J’ai la gorge sèche d’avoir trop brulé les mots avant qu’ils ne t’atteignent

J’ai l’âme épuisée d’avoir tant et tant espéré le printemps quand l’hiver étreindra l’été

Je retourne à ma nuit contaminée

J’implore le crépuscule saumâtre et blasphème ses chimères virales


Je t’écris de ma nuit grise et cendrée de mes cauchemars sismiques et m’endors aux rives étranges d’un horizon lacunaire inversé

Autour la ville se lève halète et germe

Je te sais gémir

J’aime te sentir arriver te draper de plaisir et de ciel saisir le rayon d’un soleil lunaire ensemencer l’espoir


Enfin le rêve vit


Paris, 5 mai

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 51



La nuit desserre son étreinte

et ce qu’elle avait figé Impuissants les marronniers en deuil

sacrifient au bitume leurs fleurs de sable

et mes fêlures d’intranquillité

la cour est leur morgue


Il neige en mai des flocons de colère

dans la chambre mortuaire aux anges transis

Les géants d’orgueil reprochent au jeune

lilas blanc de la cour voisine

son insolente candeur


Tout tremble

jusqu’à l’ombre floutée des cheminées

sur la tôle du toit d’en face

Le ciel de coton

pour des rêves douillets

où le chant des oiseaux berce l’invisible

hésite entre grisaille et azur

semble s’étirer dans le doute

du petit matin fébrile


La brique et la pierre ternes

s’éclairent peu à peu

Le soleil impose sa force à la pénombre

cueille le jour et la pomme interdite

efface l’ardoise de mes festins solitaires

gomme la sorgue agonie

mais m’en abandonne les stigmates

efface les marches du temps


J'éteins le réveil


Étincellent le zinc

et l’Huma du matin


Paris, 6 mai

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 52



Dans ce chemin bordé

d’aubépines et de ronces

de noisetiers et d’érables

entre ville et campagne

entre école et palisses

d’infantiles ou d’adolescentes

histoires d’errances

premières idylles

premiers émois

premiers effrois

premières magies

naissent

vivent

meurent

portées par les vents

les corps et les cœurs

au firmament


Je n’ai pas oublié

que je t’aimai


Paris, 7 mai

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 53


à Lily


Ce confinement

là-haut leurs crécelles

masques et lourdes bergamasques

grasse commedia dell’arte

confinent à l’absurde

crispent l’en-vie

diffament le désir

entorturent le travail

agonissent la paresse

blasphèment l’artiste

éclipsent la culture

aliènent l’hemme

et mutilent l’avenir

 

Dans l'attente d'un meilleur demain

tu comptes les lattes

du parquet des persiennes

les barreaux du balcon

les fenêtres d’en face

les clochettes fanées de chaque brin de muguet

ou les pieds de mes vers

avec et sans diérèse

Tes pensées se perdent

tes soupirs s’évanouissent

l’horloge de ton cœur rythme-t-elle encore

l’incertitude insoutenable de l’instant

 

Mais soudain

de la monotonie psalmodiée des jours

de la grisaille des failles indociles

entre mais au-delà les murs

ta voix retentit

crescendo cristalline

ravive et désaltère l’âme

comme le chant des cascades dont on se rapproche après une marche harassante

intemporelle et fragile

comme l’écho brisant la solitude

 

Alors tes mains tes bras tes épaules

se mettent en mouvement

ton visage s’illumine

tes rêves t’élèvent

tu te mets à danser

en lentes arabesques

puis dans un tourbillon

d’ellipse en spirales

libre insoumise

audacieuse et frivole

tu brises les césures

éparpilles les rimes

chorégraphies la vie

sublimes le corps

t’accapares l’espace

tutoies le ciel et la lune

délivres les étoiles

enrôles les puissances

insultes le temps

contamines le silence

assassines le vide

poétises le réel

ressuscites l’espoir


Paris, 8 mai 2020

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 54



Dehors le silence devient lourd

Dedans l’atmosphère oppressante


Elle annonce sa venue

par un lent trille

tambourine à la fenêtre

palpite

s’emballe

au loin un tremolo de tonnerre

l’orage approche résolu

déchire un ciel en deuil

accroche sa zébrure

accelerando


La violence de l’averse surprend

d’abord verticale et drue

d’une violence indomptable

la rue s’agite lessivée

les passants imbibés s’affolent

s’abritent

leur course s’efface sous la grisaille

parfumée d’asphalte


Le vent se lève et tout se met à danser

les gouttes martèlent le carreau

cascadent


Je suis leur valse-hésitation

leurs rencontres impromptues

elles enflent et se séparent

destin fragile et fugace


Tout cesse comme on a commencé

laisse d’éphémères stigmates

des arabesques ruisselantes


Bientôt le vent faiblit

assèche les pleurs


Prudent j’entrouvre la fenêtre

Le merle assouvi s’amuse à siffler

Un roucoulement lui répond

dans les effluves de terre cielleuse


Le cours des heures berce les ombres

et les cœurs diluviens


Paris, 9 mai

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement


Paris 2020-05-09 (6et6a) PF

JOUR 55


à Toi, pour un 10 mai


Je compostais souvent mes pages

imaginais les confettis

du poinçonneur

Je regardais par la vitre

défiler à grande vitesse

la vie

ma vie


Puis je délaissai la foule des grandes lignes

pour des tortillards tranquilles

je me trompais parfois de train

en hasardeux aiguillages

je déraillai de temps en temps


Épris de liberté

je récusais les contrôles

pensais lutte des classes

justice sociale


J’arrivai sans doute trop tard

sur le quai bien des fois

ou seulement

quelques secondes

après le départ


Je crus voir à tort

le bout du tunnel

arriver à bon port

après trop de rendez-vous ratés

de correspondances interrompues


De province je rêvai

d’Austerlitz

mais subis Waterloo


Je posai mes valises

au Terminus Nord

en fredonnant Le Sud



Je regardais les êtres

qui n'étaient déjà plus

pleurer sur les marches

Je voulais les consoler

sans oser à peine

l’esquisse d’un sourire

combien en laissai-je s’éloigner

combien restèrent en gare

alors que je partais


Un jour de pluie

mes caténaires rompirent

je bannis le pantographe

tirai ma sonnette d’alarme

sautai du wagon gris en marche

trébuchai sur le ballast

butai contre les traverses

pour marcher vers le soleil


Je bloquai les aiguilles

de l’horloge de fer

vidai la clepsydre

chantai les cerises

et le merle moqueur


Je rêvai d’autres chemins

sans queue ni tête

champêtres ou boisées

à la mer à la montagne

la vie

l’amour

toi

nous

sans fin


Paris, 10 mai

© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement


Elysa 2019-08-25 Port-en-Bessin (11)

Voilà... 10 mai 2020, dernier jour du confinement.

Prenez soin de vous, peut-être encore plus maintenant.