3e partie

Âme ciel d’orage
au cœur de mes nuits-pages blanches
au creux du souffle évanescent
du temps qui se fige ou ruisselle
j'implore la muse infidèle
qu'elle inocule son venin-
suie dans les veines de mes ténèbres
distille ses amours ses haines
Je m’abandonne à tes doutes
tes peines et tes deuils
Paris, 21 avril
© Autobiopoèmes,Des mots pour un déconfinement
Les ombres naissent de la lumière
Comme je sais l'amertume
à tes lèvres
j'ai la saveur du sucre
comme je sais
les apparences trompeuses
et l’envers sordide
la fétide beauté du silence
et les flots qui me bercent
ou me saoulent
je m’enveloppe des fragrances légères du vent
Nimbée d'amour
en mandorle d’améthyste
à contempler le ciel
Angesse en disgrâce
tu veux briser le carcan
qui t’emprisonne
aux confins de l’absurde

Au savoir vivre
à la pleine lumière
je préférai la pénombre
la folle ivresse
d’un amour libre et céleste
Je me lovai dans tes bras
j'étais dans de beaux draps
et froissai tes soies et dentelles
On me disait souvent
tu n'as besoin de parler
traitres tes yeux
parlent pour toi d'amour
de désamour
de bonheur ou de mélancolie
Mais garde la mémoire
les baisers
de mon regard
Et l’incandescence de tes nuits
Paris, 22 avril
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
Un courant d’air
audacieux
marin
une fenêtre claque
sur le quai
des mouettes tourbillonnent
rient dans la cour d’école
au-dessus de la dune de marronniers
vole au vent
le sable de leurs fleurs
Un irrésistible désir
de sortir sans esquisse
sans clepsydre
de parler à l’écume au vent
de la lancinante mélopée des vagues
funambuler sur l’horizon
exorciser le maléfice
voguer à l’aveugle
accoster libre
les sirènes lascives
à Cythère ou ailleurs
sur une ile incertaine
oscillant sans sextant
entre elles insouciantes
et mon irrésistible désir
de séduire les plus belles
les plus blondes
libertines
de noyer les amarres
ne plus revenir
et comme une antienne
défier le sort
renier les ports
défier la mer
renier l’amer
défier l’amour
renier la mort
Paris, 23 avril
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Ce ramier n’en fiche pas une
ramée
il coule des jours heureux
se laisse griser à la brise
s’ensoleille et parade
roucoule dans les rameaux
et volète d’ombre en lumière
Le dandy fait la cour
à la palombe amoureuse
qui se dandine
débourgeonne en trapèze
et gloutonne de sève
s’enivre et chancèle
Tourterelle et tourtereau se caressent
semblent s’étourdir
sans pudeur
en l’éclat nuancé de leur plumage
Sous les ébats
de l’oiselle et de l’oiseau
le marronnier enneige la cour
de ses volatiles pétales
Rassasiée
elle et lui recouvrent de fientes
comme un tapis de mousse
les marelles des enfants
Amours de cour
coprolithique
et cuprolithique
Paris, 24 avril
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
La morsure de mon poème
– prétentieux –
est comme celle de l'aube
– rhododactyle –
Elle te saisit au réveil
te fait sursauter
te glace les veines
e lacère
Tu maudis
me damne
me condamne
Tu frissonnes
Finalement tu l'aimes
ce petit rien
cette morsure d'ange
Le temps s'insinue dans
tous les interstices
ton anneau saturnal
Je vis et je viens
me satelliser
t’indissociabiliser
Tu médis
Tu me dis
Je t’aime
Paris, 25 avril
© Autobiopoèmes,
Des mots pour un déconfinement
Nous étions belle sous le soleil
Il dessinait par les persiennes
Sur tes seins tes hanches merveilles
Des ombres marines vermeilles
Danses ou transes dionysiennes
Nous étions folle sous le soleil
Paris, 26 avril
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Que de remous d'amours
Dans mes méninges
Je nage j'emménage
Sur la crête écumeuse
De vagues rêves
Vaguement je divague
En vers je rime et dérime
Mes amours se mirent
Se nouent se noient
En mer moire se meurent
Je n’entends ni l’orage
Ni ma rage en écho
Insonore hurlement
Indolore sentiment
Inexorablement
Trop sensiblement
Paris, 27 avril
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Le temps s’évapore
léger comme une enclume
J’observe impuissant
ses allées et venues
Ses virevoltes
rythment les heures
J’écris son inconstance
son impudeur
Il enchevêtre les jours
ride les rêves
fane les visages
au fond des geôles
Il assèche les sources
flétrit les âmes
comme un coquelicot
dans son bouton
Son miroir de larmes
reflète ta peine
et la vie carcérale
d’un printemps avorté
Je n’aime ni son masque
inutile anonyme
ni ses peurs
incontrôlables
Je récuse tes artifices
tes faux-semblants
et préfère tes fêlures
tes esquifs tes naufrages
Tu déraisonnes sycophante
d’indifférente mortifère
en amazone amoureuse
Tu aguiches je succombe
Paris, 28 avril
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
Que sont devenues
mes nuits de Paname
parnassiennes amoureuses
peuplées de féetauds et de fées
Elles s’allongent en ce printemps
viral et confiné
qui tourne à l’orage
prennent la teinte livide
des morts sans visage
sans nom
sans deuil
sans larme
À peine un soupir
un ultime
et ces corps s’entassent
sans âme sans adieu
statistiques sordides
dans les cases d’un tableau
graphiques et diagrammes
vides de sens
emplis d’oubli
Paris, 29 avril
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

J’aime dans un songe
écouter la nuit clandestine
les bruits étranges
de la ville perverse
aux murs nus et sales
ses murmures amoureux
sans âge ni passion
qui gardent en âme
une laisse insipide
incolore
inodore
J’aime la nuit
lorsqu’en songe passe
une angesse sans bruit
que le bruissement de ses elles
et le mythe miteux
son pucelage improbable
et le sel sentinelle
qui me ramène sage
à la déraison
Paris, 30 avril
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Ce confinement me désincarne
je deviens félin
mystique et gris
mistigri
j’oscille sur le seuil
à la lourde entrouverte
bacchantes en alerte
Il est trop tôt
ou peut-être un peu tard
fait-il assez jour
sous ces cieux menaçants
Il n’y a dehors
pas un chat ça m’inquiète
mais au loin n’est-ce pas
un cerbère un cabot
qui musèle son maitre et le tient en laisse
poil hérissé
je sors mes griffes
prêt à bondir
il vaut mieux être sage
rebrousser chemin
repousser la porte
je me dois de sortir
le muguet est en fleurs
la fleuriste n’attend pas
et minette me tente
cette chatte a du chien
N’est-ce pas la bruine qui vient
lente et pénétrante
et sent le chien mouillé
ce soleil m’éblouit
le vent se lève
un frisson sur mon échine
des frimas au mois de mai
le bitume m’agresse
mes coussinets suintent
ne serais-je pas trop gris
Je suis agoraphobe
il faut battre en retraite
un molosse robocopé
sous son masque
attend que je sorte
cet autre mâtin
sans son masque
me dis viens coco
je te hais te confine
te coronavirusse
te dégrise en cellule
chien bleu chat noir
chauve-souris
Sauve-qui-peut
je suis pantophobe
pangoline-nous
reconfine-nous
étrange étrangère
LBD mon amour
ma petite bombe
lacrymale
je miaule feule et rugis
minouche avertie vaut deux crimes
pauvre j’enrage de ces rimes
qui ne riment à rien
Trop de monde sur la ville
piétine ta liberté
d’être et d’aller
là où bon te semble
les grands te bafouent
foulent aux pieds sur la grève
les conquis sociaux
nos jours heureux
nous
Premier mai confiné
premiers pas printaniers
c’est le manifeste du mois
mon manifeste à moi
je suis chat
gris blanquerisé
macronisé
échaudé chassé
de ses châteaux en Espagne
Paris, 1er mai
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Quand le rêve m'abandonne
sur les chemins escarpés
d'un avenir incertain
quand il m'emprisonne
dans ses geôles froides
le regard attiré par les flammes
d’une forge mythique
je m’égare
Le ruissèlement de la lave
qu’attise le soufflet
me consume à ses mots
à la morsure du brasier
à la brulure de la langue
à ces cris bâillonnés
nos vies martelées
trop approchées du soleil
Vulcain frappe à la porte
de mon cœur en enclume
ce fatras du silence
m'oxyde
m’étourdit
J'entends au loin corner
le train dans la brume des jours
je siffle l'ultime bouteille
comme on en jette à la mer
au destin maudit
avec nos amours
nos larmes rouillées
Mène moi jusqu'aux
rives de tes rêves
dans nos dérives
vers la beauté nue
de nos errances folles
en terre éphémère
où nos vies s'achèvent
en feu d’artifice
Paris, 2 mai
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
Those uncredible stories
rocked my childhood
I end up not believing it anymore
and concocted my own dreams
I imagined many words
created a magic world
many ladies many lords
I played with them
I lived with them
I sleeped with them
I imagined many words
I was drewing them in my soul
I awaked them for life
I was an creative and music god
I met loves
in bosom of my child life
but I put on gloves
I covered my heart my mind
on my silly soul
with a heavy black shroud
I'll never dream again
those scenes from childhood
Thanks to the piano
and Robert Schumann
Paris, 3 mai
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
Saurai-je un soir
éteindre les étoiles
endormir mes neurones
sur la plage dormante
m’abandonner
à la mer étale
me livrer cœur et âme
aux bras de Morphée
m’y confiner
noyé de larmes létales
Je te sais par corps
jusqu’à l’arc-en-ciel
de nos nuits violines
jusqu’aux tréfonds de ta chair
jusqu’au phare chancelant
sous l’assaut des vagues
sans peur sans colère
contre l’écume acérée
que laisse le flux capricieux
de ses lames sur ta peau
et le sable dans tes replis
les oyats sur tes dunes
le vaisseau naufragé
et l’ebbe sanglante
qui glace les os
Alors pourquoi ces limbes
ces falaises crieuses
ces rafales ces révoltes
qui sapent l’argile
les fossiles de craie
pourquoi ces armes
insoumis amour
ces fleurs de sel
qui souillent le revif
de mes rêves
palimpsestes
les parsèment de galets
d’éclats de silex
pourquoi le silence de nos sexes
après le tumulte des tempêtes
Peu m’importe s’il est tard
à ta montre
Peu m’importe
puisque la mer
monte
Paris, 4 mai
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
J’attends dans le silence inquiétant de la nuit blanche et noire
Pourquoi n’entendre ce soir que les battements de ton cœur heurtant les carreaux ruisselants et le souffle angoissé de ta bouche soupirer sur mes lèvres closes
La nuit muette crie sa souffrance dans l’ombre de ton absence
Les mots se consument avant d’être dits
Mes rêves parcheminés meurent avant de prendre vie
J’attends dans le silence inquiétant de la nuit noire et blanche que s’estompent les silhouettes monstrueuses
Pourquoi le jour libérateur ne nous sort-il pas de la frigide torpeur pénétrant nos corps confinés et mouillant nos draps gris et rêches où le ciel éteint l’assurance
J’ai la gorge sèche d’avoir trop brulé les mots avant qu’ils ne t’atteignent
J’ai l’âme épuisée d’avoir tant et tant espéré le printemps quand l’hiver étreindra l’été
Je retourne à ma nuit contaminée
J’implore le crépuscule saumâtre et blasphème ses chimères virales
Je t’écris de ma nuit grise et cendrée de mes cauchemars sismiques et m’endors aux rives étranges d’un horizon lacunaire inversé
Autour la ville se lève halète et germe
Je te sais gémir
J’aime te sentir arriver te draper de plaisir et de ciel saisir le rayon d’un soleil lunaire ensemencer l’espoir
Enfin le rêve vit
Paris, 5 mai
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
La nuit desserre son étreinte
et ce qu’elle avait figé Impuissants les marronniers en deuil
sacrifient au bitume leurs fleurs de sable
et mes fêlures d’intranquillité
la cour est leur morgue
Il neige en mai des flocons de colère
dans la chambre mortuaire aux anges transis
Les géants d’orgueil reprochent au jeune
lilas blanc de la cour voisine
son insolente candeur
Tout tremble
jusqu’à l’ombre floutée des cheminées
sur la tôle du toit d’en face
Le ciel de coton
pour des rêves douillets
où le chant des oiseaux berce l’invisible
hésite entre grisaille et azur
semble s’étirer dans le doute
du petit matin fébrile
La brique et la pierre ternes
s’éclairent peu à peu
Le soleil impose sa force à la pénombre
cueille le jour et la pomme interdite
efface l’ardoise de mes festins solitaires
gomme la sorgue agonie
mais m’en abandonne les stigmates
efface les marches du temps
J'éteins le réveil
Étincellent le zinc
et l’Huma du matin
Paris, 6 mai
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
Dans ce chemin bordé
d’aubépines et de ronces
de noisetiers et d’érables
entre ville et campagne
entre école et palisses
d’infantiles ou d’adolescentes
histoires d’errances
premières idylles
premiers émois
premiers effrois
premières magies
naissent
vivent
meurent
portées par les vents
les corps et les cœurs
au firmament
Je n’ai pas oublié
que je t’aimai
Paris, 7 mai
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
à Lily
Ce confinement
là-haut leurs crécelles
masques et lourdes bergamasques
grasse commedia dell’arte
confinent à l’absurde
crispent l’en-vie
diffament le désir
entorturent le travail
agonissent la paresse
blasphèment l’artiste
éclipsent la culture
aliènent l’hemme
et mutilent l’avenir
Dans l'attente d'un meilleur demain
tu comptes les lattes
du parquet des persiennes
les barreaux du balcon
les fenêtres d’en face
les clochettes fanées de chaque brin de muguet
ou les pieds de mes vers
avec et sans diérèse
Tes pensées se perdent
tes soupirs s’évanouissent
l’horloge de ton cœur rythme-t-elle encore
l’incertitude insoutenable de l’instant
Mais soudain
de la monotonie psalmodiée des jours
de la grisaille des failles indociles
entre mais au-delà les murs
ta voix retentit
crescendo cristalline
ravive et désaltère l’âme
comme le chant des cascades dont on se rapproche après une marche harassante
intemporelle et fragile
comme l’écho brisant la solitude
Alors tes mains tes bras tes épaules
se mettent en mouvement
ton visage s’illumine
tes rêves t’élèvent
tu te mets à danser
en lentes arabesques
puis dans un tourbillon
d’ellipse en spirales
libre insoumise
audacieuse et frivole
tu brises les césures
éparpilles les rimes
chorégraphies la vie
sublimes le corps
t’accapares l’espace
tutoies le ciel et la lune
délivres les étoiles
enrôles les puissances
insultes le temps
contamines le silence
assassines le vide
poétises le réel
ressuscites l’espoir
Paris, 8 mai 2020
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
Dehors le silence devient lourd
Dedans l’atmosphère oppressante
Elle annonce sa venue
par un lent trille
tambourine à la fenêtre
palpite
s’emballe
au loin un tremolo de tonnerre
l’orage approche résolu
déchire un ciel en deuil
accroche sa zébrure
accelerando
La violence de l’averse surprend
d’abord verticale et drue
d’une violence indomptable
la rue s’agite lessivée
les passants imbibés s’affolent
s’abritent
leur course s’efface sous la grisaille
parfumée d’asphalte
Le vent se lève et tout se met à danser
les gouttes martèlent le carreau
cascadent
Je suis leur valse-hésitation
leurs rencontres impromptues
elles enflent et se séparent
destin fragile et fugace
Tout cesse comme on a commencé
laisse d’éphémères stigmates
des arabesques ruisselantes
Bientôt le vent faiblit
assèche les pleurs
Prudent j’entrouvre la fenêtre
Le merle assouvi s’amuse à siffler
Un roucoulement lui répond
dans les effluves de terre cielleuse
Le cours des heures berce les ombres
et les cœurs diluviens
Paris, 9 mai
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

à Toi, pour un 10 mai
Je compostais souvent mes pages
imaginais les confettis
du poinçonneur
Je regardais par la vitre
défiler à grande vitesse
la vie
ma vie
Puis je délaissai la foule des grandes lignes
pour des tortillards tranquilles
je me trompais parfois de train
en hasardeux aiguillages
je déraillai de temps en temps
Épris de liberté
je récusais les contrôles
pensais lutte des classes
justice sociale
J’arrivai sans doute trop tard
sur le quai bien des fois
ou seulement
quelques secondes
après le départ
Je crus voir à tort
le bout du tunnel
arriver à bon port
après trop de rendez-vous ratés
de correspondances interrompues
De province je rêvai
d’Austerlitz
mais subis Waterloo
Je posai mes valises
au Terminus Nord
en fredonnant Le Sud
Je regardais les êtres
qui n'étaient déjà plus
pleurer sur les marches
Je voulais les consoler
sans oser à peine
l’esquisse d’un sourire
combien en laissai-je s’éloigner
combien restèrent en gare
alors que je partais
Un jour de pluie
mes caténaires rompirent
je bannis le pantographe
tirai ma sonnette d’alarme
sautai du wagon gris en marche
trébuchai sur le ballast
butai contre les traverses
pour marcher vers le soleil
Je bloquai les aiguilles
de l’horloge de fer
vidai la clepsydre
chantai les cerises
et le merle moqueur
Je rêvai d’autres chemins
sans queue ni tête
champêtres ou boisées
à la mer à la montagne
la vie
l’amour
toi
nous
sans fin
Paris, 10 mai
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

Voilà... 10 mai 2020, dernier jour du confinement.
Prenez soin de vous, peut-être encore plus maintenant.