Déconfin'amor

Elysa 2019-08-25 Port-en-Bessin (11)

LUNDI 11 MAI



Si ma plume parfois vacille

c’est que ma flamme est vivante

et trace en lettres de soie

en lettres de soi

ces petits riens inutiles

parcelles d’en-vies

atomes d’amour


Paris, 11 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

MARDI 12 MAI



À l’en-vers du décor de carton-pâte

tu découvres un pirate poète sans nom

il te charme et t’insupporte

de soleil ou de bruine

de bruine ou de soleil

naissent les arc-en-cieux

les chants de solitude

les guerres apatrides

et l’infernal éclat de rire

à l’empierrement de ton cœur

et mon immortelle flétrissure


Je suis l’écorce de la terre omise

où fane la lumière

l’histoire creuse et nue


Je trempe ma plume

dans le temple de ton corps

et métaphore nos mémoires


Paris, 12 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

MERCREDI 13 MAI



Le crépuscule dérive

J’escorte sa lente agonie

blasphème les saints de glace

et leurs tremblements incessants


On roule sur les pierres

du chemin d’érables

gauge comme des gosses

dans les rigoles arides

Il s'accroche impuissant

aux ramures infertiles

où s’effilochent nos rêves

jusqu’à mes matins blêmes


Il incarcère l’espoir

confine la lune et les étoiles

Il me plait à penser

que l’une d’entre elles


saura filer


Paris, 13 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

JEUDI 14 MAI



L’aurore fragmente mes rêves

Un soleil de sang

transperce la soie marine

et déchire l’horizon

où meurent mes amours

Il monte de la terre fumante

un parfum maternel

maritime et funeste


Ma Rochelle

Notre port


Les flagrances en rafales

éblouissent mes sens

bleuissent mon âme

au-delà de l’ombre des ramures

Elles bercent mon enfance

sentinellent mes errances

laissent aux lèvres cette saveur rance

et sous les ongles la fleur de soufre

qu’au petit jour cueillent les anges sinusités


En cet enfer j’espère et je souffre

de la douce douleur

d’un troubadour perdu

L’aube dévore mes rêves

sur la stèle marbrée

où l’insouciance agonise

où le souvenir s’éparpille

en atomes d’hymens


L’encre s’écoule en lentes

et sinueuses ravines

serpente le long des veines

érode l’albâtre

et s’attaque au granit


Il est un calvaire qui s’écroule

Sous cloche en silence

je m’éloigne du rivage

liquéfié mon sang d’encre

dissoutes tes amoureuses promesses

derrière le masque inaudibles


Pari perdu

Ton Paris

Notre vie


Notre éternité ricoche sur

la crête des vagues

ou danse sur la cime

des sorbiers et des charmes

Les falaises s’effritent et s’embrument

résistent aux vents contraires

Cette mer de nuages

vogue de rêve en vers

enjambe sans césure

les amours mortes

et ressuscite au bord de l’abime

l’âme des hemmes amoureuxses


Notre en-vers du décor

Notre Vercors


Paris, 14 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

VENDREDI 15 MAI



Face à l’immensité du ciel

tu regardesla mort

immobile et nue

translucide tapie

dans la lumière matinale


Elle te guette

elle t’attend

tu la jettes

à la fin des temps


Paris, 15 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

SAMEDI 16 MAI



Dans ces matins rêches

qui respirent le ciel

en ces soirs incertains

quand expire le soleil

tu traverses les limbes

dans la transparence soyeuse

et les dentelles ajourées

d’un temps limpide et pur


Face au miroir bleu sans tain

contre la violence abyssale

par la force des hiers

la beauté sublimée

et les transes amoureuses

tu danses


Tu danses

jusqu’à l’extase

vers un inaccessible demain


Paris, 16 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

DIMANCHE 17 MAI



Le réel oscille entre noir et bleu

entre aube et soir

Plus intense est la lumière

Plus précises sont les ombres


Je marche

cours


Ces chimères obscures me poursuivent

Je bute

trébuche

contre d’invisibles obstacles

contre d’invincibles tabernacles


Je ne sais qui sont ces spectres de la clarté

Ils me tâtonnent tout au long des jours

me tourmentent

J’entends leur plainte lancinante

pénétrante

Je dévale les escaliers tortueux

escalade les rampes

aux troncs torturés

assailli par ces ombres sinistres


Elles rapetissent je les crois à midi disparues

mais elles s’étirent

quand s’approchent le soir

hostiles et dissonantes


Hurlement d’un loup

Ululement de hibou

Le jour s’éteint trompeur

Les ombres d’étain s’estompent


Je m’allonge

harassé


Le sommeil


Enfin


Paris, 17 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

LUNDI 18 MAI


Ne crains pas le précipice

il te faut marcher

cheminer entre les angoisses

et les fantômes de l’enfance

sur la crête de vie

vers où tu t’élances

vaincre tes peurs

en t’inventer d’autres

défier les dieux et les déesses

jusqu’à ne plus les croire

écrire

chanter

danser

ta propre histoire

ton odyssée



Paris, 18 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

MARDI 19 MAI



Toi qui largues les amarres

et vogues vers l’amour

refuse les rivages

facilement accostables


Méfie-toi des mirages

et des vagues nonchalantes


Défie-toi des mers calmes

des iles parfumées


Les amours ne sont que récifs

abimes et tempêtes


Il faut en déjouer les dangers

pour les rendre éternelles


Paris, 19 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

MERCREDI 20 MAI



Je déteste les chemins plats rectilignes

imposteurs ou macchabées


J’ai gardé de l’enfance

l’amour des sentes escarpées et fleuries


Celles qu’on emprunte hésitant

à flanc de falaise buissonnière

qui démasquent au hasard d’une percée

une parcelle de mer ou de ciel

un segment d’horizon parfois

puzzle de l’infini


Celles qu’on découvre sur la pointe des pieds

piétinant le non-sens

de la mort imbécile

dans le silence moussu

et l’indécence de vivre

tout en lenteur balzacienne

du parfum des essences

à la mélopée du pouillot


Celles des folles idylles

réelles ou fictives

de futurs fiévreux

toujours cœur battant

en courses effrénées

arc-en-ciel ruisselant

rouge aux joues

fuites en avant


Celles des illusions furieuses

des sols détrempés

des virages en épingles

des descentes sans frein

des ravines empierrées

des tessons de bouteilles

des chutes vertigineuses

des larmes de sang

des cœurs écorchés

du soleil échevelé

de la main qui relève

des superficielles blessures

des cicatrices aux entrailles


J’ai gardé de l’enfance

l’amour des amours


Paris, 20 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

Paris 2020-05-08 coquelicots Wattignies

JEUDI 21 MAI



Fragile fleur de la ville

ode à la force de fendre le bitume

je suis le seul passant qui s’arrête

à compter les rides de ton pétale ponceau

je décompte les pieds ne marchande pas la rime

j’ai l’esprit poète que je ne suis pourtant

******

Je suis la trace à pas feutrés

des effluves de ton cœur

sous la robe courte et légère

tes jambes sans fin

par la fente pastel de ton corsage

tes seins libres et fols

allument mon regard apprivoisé

******

Tu remets à demain

la fusion de nos corps

tu chantes ce refrain

la pulsion du départ

des rendez-vous perdus

sur le quai de la gare

où rien ne pousse jamais

******

Seras-tu déesse

de mes amours posthumes

tatouées sur ta peau diaphane

le verbe de nos bouches

abreuvées à l’eau de vie

diras-tu mes vers

paroles de mort

glisseras-tu le pinceau

sur le vélin de tes lèvres

déposeras-tu l’écarlate baiser

sur la friche de mon front

******

Je quitte la fraicheur

de ta jeunesse frêle

et m’enfonce dans l’aride

d’un été trop précoce

courbe l’échine dans l’ombre

et fredonne une chanson

pars et surtout ne me retourne pas


Paris, 21 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

VENDREDI 22 MAI


Celui du soleil et des ténèbres

Celui de la terre et ses pollutions

Celui de la fraternité et des canons

Celui du capital et de l’humanité

Celui de l’étincelle et de la poudre

Celui du la foudre et de l’embellie

Celui des oasis et du désert

Celui de la chair et de l’âme

Celui de la flamme et de l’eau

Celui du silence et des tempêtes

Celui du poète et du vide

Celui du covid et de la vie


Je t’aime ainsi

(im)possible amour


Paris, 22 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

SAMEDI 23 MAI



Dans ma mémoire cimetière

gisent mes désirs momifiées

gémissent mes amours cabossées

des roses rouges coupées fanées

leurs épines plantées

à chaque méandre

de l’âme d’amours défuntes


******


Ma mémoire m’assomme

chaque matin même dimanche

je change les fleurs funèbres

je gomme le sous-venir

souffle sur les cendres

et laisse le lichen et la mousse

dissimuler le mausolée


******


Ma mémoire mélancolise

je ratisse les amours mortes

au sein de ce sépulcre lugubre

où s’alcoolisent les songes

jaunissent les images

blanchissent nos chevelures

où s’envenime ma vie

à caresser les chats noirs

et s’enlise l’à-venir


******


Je ne veux ni croix ni couronne

ni arme ni larme

seule une ancre croit

me retenir du large

quand l’haleine marine

souffle dans mes veines

je veux le vent

je veux la mer

j’effleure la lune et les étoiles

de mes rêves infantiles


Paris, 23 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

Paris 2020-05-24 roses séchées (2) PF

DIMANCHE 24 - LUNDI 25 MAI



À côté d’une marelle

aux parfums de ciel

comme un secret subtil

une confidence

j’ai posé mes poésies pistils

mes souvenirs d’enfance

sur un banc vert de l’école

tout me semblait fiable et fidèle


******


Mais il mène la transe bâtarde

ébruite mes bruissements d’elles

déverse son fiel

à la vieille pie vantarde

aux plumes défraichies

au merle persiffleur

à la corneille Vichy

et ses reflets fleur-bleue


******


De ses planches rabougries

il a déversé ce matin

mes rêves futiles

enlacés par le temps

empesés par les ans

j’ai renoncé aux cierges

j’ai renié les vierges

les infantiles amours

les crimes velours

et leur gloire inutile


******


Je suis descendu dans la cour

chanter ma naïve colère

aux oiseaux de malheur

sans attendre les vacances

reprendre mes souvenances

briser leur danse ancillaire


******

J’ai mal dit la nuit

j’ai maudit les anges pervers

ce satané banc vert

banc des enfants

banc des « on dit »

banc des mots dits

banc des maux dits

banc des bandits

bandez vos arcs

vos cœurs et leurs plaies

bandez les voiles

bandez d’envie

bandez contrits

je vous le dis

je voue ce banc

de métal et de bois

aux enfers confinés

à être rongé par mes vers

aux hydroxydes de fer


******


J’aimais tes humeurs

humais tes amours

adultères

j’étais ton esclave

tu étais libre

j’étais vestale

tu étais vouivre

ah j’aimais

ma plume est tarie

ma page mes nuits

restent blanches

à jamais


******


J’aime mésaime

j‘oublie mésoublie

le temps cicatrise

ton cœur traitrise

une vie balourde

le soleil s’effiloche

ma valoche est lourde


******


La nuit

noire et lumineuse

l’amour

la mort heureuse


Paris, 24-25 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

Paris 2020-05-26 cour d'école (2) PF

MARDI 26 - MERCREDI 27 MAI



On nait nu

comme un ver

« On est un petit bonhomme sans nom »

reprenait la mère


On nait nu

même en hiver

un après-midi d’avril

le père ironisait

« à la sortie des classes »


******


Plus tard

à l’école à l’envers

à l’endroit

ad marginem

bestiaire et soleil rouge

et ma clef des champs

domina dominae

monstres des marginalia

et ma clef des chants

marginal démiurge

ne me quitte pas


******


Plus tard

bien plus tard

on est à la marge (rouge)

on écrit dans la marge (au rouge)

on est en classe

on partage on marine

doléances

la lutte des classes

rouge noir

et peut-être inclassable


******


Encore plus tard

on émarge quelques vers

rouges noirs souvent un peu verts

on partage

don d’ici ou d’ailleurs

d’on ou d’autres

on margine

estrade avant l’estran


******


Encore plus tard

encore bien plus tard

condoléances

on meurt

un peu moins nu

moins inconnu

de l'univers

toujours en marge

et sur la margelle du puits

à l’heure du dernier départ

on se retourne vers vous

« la classe c’est vous »


Paris, 26-27 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

JEUDI 28 MAI



Tu sembles morose

vieux clown


******


Je ne cèderai pas au vide

au néant d’humour et d’amour

je ne cesserai pas de rire

tu resteras toujours le pitre

qui dérides les plis du front

rides de bonheur l’ansérine

délivres l’âme et les lèvres


******


Tu n’es pas mort aux roses

vieux clown*


* Guy Bedos (15 juin 1934 – 28 mai 2020)


Paris, 28 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

VENDREDI 29 MAI



Tu marcheras outre-mort

outre-mer outre-ciel

aux confins d’un univers

que tu peuples de rêves

de parcelles d’amour

d’étincelles de vie

tu es poussière d’étoiles


S’il est un serment

tu l’amignonnes

tu le berces de ta voix

ronde et douce

tu l’achemines

via les veines brulantes

où s’inspire ta plume


S’il est une promesse

elle jaillit de ton sein

tu portes l’espoir

d’un demain loin d’hier

tu partages le doute utile

et les certitudes heureuses

en équilibre sur ton fil


Paris, 29 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

SAMEDI 30 MAI


Ai-je trop peiné labouré mon âme

trop ensemé mon cœur

de tous ces mots d’amour

qu’ils restent en jachère


Aurai-je la patience

d’attendre les moissons

d’atteindre l’estive

par ce chemin raide et tortueux


Je t’offrirai ce bouquet

de coquelicots de bleuets

tresserai ta couronne

de seigles et de blés


Tu faucheras mes doutes

me blottiras sur ton sein

gommeras à mon front

les sillons des chagrins


Paris, 30 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor


DIMANCHE 31 MAI



Il est à peine le temps de s’aimer

de s’offrir treize roses

de se tenir par la main

de s’appartenir par le cœur

de river les lèvres

et de fusionner les peaux

que les pétales se flétrissent

que les yeux se quittent déjà

impatients de l’été

de vierges rencontres

d’autres corps à passionner

d’enfers bleus à enfiévrer

de cantilènes à composer

d’inédits désirs à consommer

de nouvelles romances à consumer

dans ce titanesque brasier

autodafé d’amours


Sans tendresse l’amour nait

s’enflamme meurt mort-né


Sans tendresse l’amour n’est

qu’un papillon aux ailes calcinées


Paris, 31 mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

LUNDI 1er JUIN


Ces cadavres n’ont rien d’exquis

tout va bien dame marquise

votre amour bourgeois capitalise

sur le sort sordide du peuple

dans la mouise et le charbon

et la fosse commune


Le grand argentier

échafaude

peu importent les morts

peu importe la Terre et son agonie


Il pense marchés et cordons de la bourse

profits rentes et dividendes

confisque les richesses

déconfine pour mieux exploiter

covide les salaires des pauvres

et remplit ses coffres d’acier


Nulle place en ce monde

pour la poésie

la vie

l'amour

la liberté de penser

l’humanité

que vous enchainez

opprimez

écrasez

effacez


Le peuple gronde

mais se tait

le poète chante

en sourdine

insoumis asservis du vingt heures


La république est en marche

funèbre

guerrière

assassine

èlebédise les corps les esprits


Paris, 1er mai

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

MARDI 2 - MERCREDI 3 JUIN


La chaleur vespérale monte

des rires caprins des terrasses

vers les trilles stridentes des martinets


En ce ciel encore bleu

la lune projette sa lumière gibbeuse

ses ombres capricieuses

elle arrondit son sein

manigance ses amours

enceinte de mes songes


Tu danses

hésitant

et sure pourtant

te hisses sur les toits de zinc

funambule entre deux cheminées

que mordore un rai de soleil mourant


Je te suis du regard

le ciel se teinte de rose

le vent se lève

accélère la course folle

d’un nuage solitaire

fasciné par Dana


Lune et nue

volent l’une vers l’autre

en une fusion cotonneuse


Tu embrasses l’horizon

la canopée de Paname

et te mets à chanter

de ta voix cristalline et nue

cette mélodie sans nom

qui porte ma clameur

mes délires et tes délices

vers le mont Parnasse


Les fenêtres s’ouvrent

les stores s’enclosent

le ciel noircit

les verres tintent

les rires tour à tour

engraissent et s’estompent

par vagues


Le jasmin embaume le soir


Silence céleste


Un amoureux tire un trait

sur ce train lointain

son amour s’étire

jusqu’à la fêlure

comme la corde d’acier

que dilate l’ardeur

de la frêle fée sur son fil


D’où sort ce sable sous ses pieds

de la Seine peut-être

silice qui vole et valse

et marchande les rêves


Tu trembles de beauté

tu fuis la mort

et crains l’amour

ou l’inverse


Tu m’inspires en spirales

tu musardes

amuses les failles des murs

où se tapissent les muses


Les murmures s’éclipsent

sous les amours emmurées

qui veillent cupides

et guettent l’étincelle

d’où jaillira la flamme

à embraser tes rêves

ou la flèche acérée

pour ébraser ton cœur


Paris, 2-3 juin

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

JEUDI 4 - VENDREDI 5 JUIN



La nuit frémit

impatiente de l’aube


Tu danses et de tes bras

tu tutoies le ciel

disperses la brume

blanche et grise

des terrasses du Capri’s


Obscure et luminescente

tu me verses un rêve

mon verre se colore

arc-en-ciel

en mémoire

mon vieux violon désaccordé

grince une valse à l’envers

romance colophanée


Plus tu danses

plus j’engrise

serai-je bientôt

charbonné


La nuit tous les chats sont noirs


Je clandestine dans ton rêve

et ta transe lumineuse

légère comme

une gitane


Après le café médianoche

j’allume une Che

braise ténébreuse

chavire dans l’ivresse

des voluptueuses volutes

puis rassemble les miettes

de ma carcasse ébréchée


Tu refuses un dernier verre


Tu m’invites à flâner

dans les arcanes de ton corps

ou les impasses de ton cœur


Je m’écorche à ta peau

traverse tes cascades

tes buissons d’églantine

m’engouffre somnambule

en tes sombres cavernes


Je me perds dans les méandres

de stupre et de soufre

Tu m’abandonnes à la source infertile

d’un fragile et légendaire avenir

Tu inondes mes lèvres

d’un plaisir éméché


Tu réfutes un dernier vers


Morphée m’attire

dans l’ivresse infernale

de son velours noir bleuté


Paris, 4-5 juin

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

Paris 2020-06-01 Lune gibbeuse (2)

SAMEDI 6 JUIN



Je ne demande pas la lune

juste un rayon de miel

sans pardon ni passion

sans aumône ni paroisse

sans graal ni fortune


Je ne demande pas le ciel

juste la caresse du vent

sur les tourments de l’âme

juste le sucre de tes lèvres

de ta plume ou de ta peau

pour étancher adoucir

l’indicicatrisable blessure


Juste un souffle de tendresse


et nos baisers s’envolent

vers l’archipel de nos amours

arc-en-ciel


Paris, 6 juin

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

DIMANCHE 7 JUIN


Ma peine étanche

vide ta boutanche

effet de Manche

pour des amours blanches

comme la page du poète

blanche


Manche

étanche

boutanche

dimanche

d’Avranches


Paris, 7 juin

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

LUNDI 8 JUIN



Je ne vois ni ne croise personne

sur les quais insensibles

où se diluent tes mystères

où s’évapore le parfum

d’un printemps furtif


Tu as avalé l’invisible horizon

démasqué le soleil

croqué la lune en silence

et ses saints siliconés

intemporels


Tu te saoules de la Seine

titubes

chancèles

te noies dans l’ivresse noire

du fleuve intranquille


Paris, 8 juin

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

MARDI 9 JUIN



Dans les jardins de Babel

le temps suspend sa traine

et je surprends l’ivresse

de tes amours-délices


* * * * * * * * * * * * *


Tu caresses zénithale

les lèvres de tes rêves

jusqu’à l’écarlate jouissance

du soleil enflammé


* * * * * * * * * * * * *


Je porte ton flambeau

oriflamme d’or et de sang

dans les arcanes galactiques

où je perds âme et raison


* * * * * * * * * * * * *


De ces contrées célestes

où ruissèlent le miel et le vin

monte le cantique païen

du désir et du tendre


* * * * * * * * * * * * *


Je t’appartiens tu t’abandonnes

emportés par le maelström

de l’enfer amoureux

sous le figuier de Charybde


Paris, 9 juin

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

MERCREDI 10 JUIN



La lune flemmarde

ce matin


Son teint blafard

dans le ciel malade

laisse glisser le temps

laisse passer les rêves

laisse penser au mystère

au supplice de l‘ombre

immémorielle


Je la laisse panser ses plaies

et sombre taciturne

vers ses mers mélanomes


Mon cœur lézarde

ce matin


Paris, 10 juin

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

JEUDI 11 JUIN



Le ciel tremble

ton cœur me garde

des larmes d’ébène

de bleuâtres vagues à l’âme


De vagues lames bleues

déferlent sur ma peine

et le temple infernal

de tes ringardes amours


Paris, 11 juin

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

VENDREDI 12 – SAMEDI 13 JUIN



Tu bâtis entre nous

jour après jour

pierre après pierre

ton mur des lamentations

ton mur d’incompréhension

mur de scarifications

mur d’amours sacrificielles


Que restera-t-il en ta mémoire

sinon des (men)songes

des saoulsvenirs


Ton chant mémoriel

est pavé de tombes sacrées

sur lesquelles ruissellent tes larmes

acides

barbelées


Tu cherches les réponses

à de vaines questions

tu fouilles et tu pilles

tes saints sépulcres

expires les remugles

d’une histoire trafiquée


Ta sagesse est biaisée

tu t’enlises dans l’ombre

tu t’en saignes

ensables et salis

notre Histoire

meurtris notre amour


Tu te repais de mythes

qui te transpercent

annihilent ta force de vivre

d’aimer

et te complais à vomir

tes reliques mitées


Tu t’allies à la haine

à la violence anonyme

aux extrêmes hyènes

à l’haleine fétide

jusqu’à la nausée


Tu t’enivres

d’eaux de vie

mais partages ton vinaigre

et déverse ton fiel

en ton val des morts


Je réfute ton salut insincère

comme un hiatus

épidermique


J’ai posé là mes armes

et aspire à l’amour

à la paix


Shalom ?


Salaam !


Paris, 12-13 juin

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

DIMANCHE 14 JUIN



Si le vernis de tes certitudes

craquèle enfin

ne l’enduis pas d’une couche nouvelle


Il te reste à puiser la force

et le courage

de cesser de geindre


pour bousculer tes souvenirs

décaper leur crépi fallacieux

retrouver les traces effacées

ôter les toiles tissées

par une fausse hyptiote


balayer les turpitudes

les mensonges ravageurs

gravés sur tes murs mémoriels

déjouer les pièges tendus

te méfier des légendes enjolivées

des chimères emmerveillées


absoudre les êtres enlaidis

costumés d’oripeaux

et de masques monstrueux

fuir la folle fureur

qu’elle soit de Médée

Parsiphaé

ou Lilītu


esquiver la démence

l’ignominie

les sorts sacrificiels

de la géniteuse perverse


Sauras-tu avec honneur

suivre le fil vital

et te sortir du dédale

d’une Histoire falsifiée


te désinfluencer

te détourmenter

te désaliéner


reprendre les rênes de tes rêves


Paris, 14 juin

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

LUNDI 15 JUIN


Lavage de mains

Lavage de mots

Lavage des maux

Mots à la Prévert

Prés verts hâtifs

Prêts vers Villejuif

à vilipender le covid

de sens

des sens

interdits


Sans issue

Sans soleil

Sans celle

qui s’ensommeille


Paris, 15 juin

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

MARDI 16 JUIN



Elle pose son cœur frêle

et sa vacillante mémoire

sur les pentes du miroir

où ruissèlent les souvenirs


Sa crinière blonde

ensoleille la nuit

illumine l’ennui

cascade insoumise

sur sa poitrine bienveillante

où s’adoucissent mes rides

et mes regrets indociles


Paris, 16 juin

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

MERCREDI 17 & JEUDI 18 JUIN

Les hauts murs

masquent le soleil levant

Je respire à peine l’air matinal

chargé des parfums de la nuit

de la ville qui fume

Sur le mur d’en face

timidement

effleurent quelques rayons

Ce qu’il reste de fraicheur

peu à peu s’évapore

Je reste là

sentir

écouter

au sortir d’abimants songes

le regard embrumé

las d’une si longue absence

interminable attente

* * * * * * * * * * * * *

Enfin le soleil s’étire

s’élève

libre

au-delà des murs

dans le murmure

qui monte de la rue

gronde sa colère

* * * * * * * * * * * * *

Un frêle rayon

vacille

traverse le temps et l’espace

se pose sur la table

les tasses de café froid

ressuscite les cadavres

et vrille mon cœur

* * * * * * * * * * * * *

Pour son récital ultime

une philomèle

s’égosille

son insolente gaieté

grivoise

transperce le silence

assèche les larmes

* * * * * * * * * * * * *

On vit

attend

rêve

espère

* * * * * * * * * * * * *

J’ose un cri

de rage

d’envie

d’espoir

* * * * * * * * * * * * *

Je t’aime

– le mien –

heurte les murs

comme un écho

me revien

* * * * * * * * * * * * *

Le volatile enchanteur

cogne à la fenêtre

va vole va vers elle

vers d’autres rêves

d’autres amours

d’autres vertiges

d’autres voltige

* * * * * * * * * * * * *

Elle

nue

immobile en silence

fragile et tremblante

sous la caresse du vent

troublante à la fenêtre

guettant le phénix d’azur et d’argent

renaissant de décembre

dans la moite chaleur de l’été

émoi d’amours grises

* * * * * * * * * * * * *

Désirs de l’aube


Paris, 17-18 juin

© Autobiopoèmes, Déconfin’amor