
Si ma plume parfois vacille
c’est que ma flamme est vivante
et trace en lettres de soie
en lettres de soi
ces petits riens inutiles
parcelles d’en-vies
atomes d’amour
Paris, 11 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
À l’en-vers du décor de carton-pâte
tu découvres un pirate poète sans nom
il te charme et t’insupporte
de soleil ou de bruine
de bruine ou de soleil
naissent les arc-en-cieux
les chants de solitude
les guerres apatrides
et l’infernal éclat de rire
à l’empierrement de ton cœur
et mon immortelle flétrissure
Je suis l’écorce de la terre omise
où fane la lumière
l’histoire creuse et nue
Je trempe ma plume
dans le temple de ton corps
et métaphore nos mémoires
Paris, 12 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Le crépuscule dérive
J’escorte sa lente agonie
blasphème les saints de glace
et leurs tremblements incessants
On roule sur les pierres
du chemin d’érables
gauge comme des gosses
dans les rigoles arides
Il s'accroche impuissant
aux ramures infertiles
où s’effilochent nos rêves
jusqu’à mes matins blêmes
Il incarcère l’espoir
confine la lune et les étoiles
Il me plait à penser
que l’une d’entre elles
saura filer
Paris, 13 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
L’aurore fragmente mes rêves
Un soleil de sang
transperce la soie marine
et déchire l’horizon
où meurent mes amours
Il monte de la terre fumante
un parfum maternel
maritime et funeste
Ma Rochelle
Notre port
Les flagrances en rafales
éblouissent mes sens
bleuissent mon âme
au-delà de l’ombre des ramures
Elles bercent mon enfance
sentinellent mes errances
laissent aux lèvres cette saveur rance
et sous les ongles la fleur de soufre
qu’au petit jour cueillent les anges sinusités
En cet enfer j’espère et je souffre
de la douce douleur
d’un troubadour perdu
L’aube dévore mes rêves
sur la stèle marbrée
où l’insouciance agonise
où le souvenir s’éparpille
en atomes d’hymens
L’encre s’écoule en lentes
et sinueuses ravines
serpente le long des veines
érode l’albâtre
et s’attaque au granit
Il est un calvaire qui s’écroule
Sous cloche en silence
je m’éloigne du rivage
liquéfié mon sang d’encre
dissoutes tes amoureuses promesses
derrière le masque inaudibles
Pari perdu
Ton Paris
Notre vie
Notre éternité ricoche sur
la crête des vagues
ou danse sur la cime
des sorbiers et des charmes
Les falaises s’effritent et s’embrument
résistent aux vents contraires
Cette mer de nuages
vogue de rêve en vers
enjambe sans césure
les amours mortes
et ressuscite au bord de l’abime
l’âme des hemmes amoureuxses
Notre en-vers du décor
Notre Vercors
Paris, 14 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Face à l’immensité du ciel
tu regardesla mort
immobile et nue
translucide tapie
dans la lumière matinale
Elle te guette
elle t’attend
tu la jettes
à la fin des temps
Paris, 15 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Dans ces matins rêches
qui respirent le ciel
en ces soirs incertains
quand expire le soleil
tu traverses les limbes
dans la transparence soyeuse
et les dentelles ajourées
d’un temps limpide et pur
Face au miroir bleu sans tain
contre la violence abyssale
par la force des hiers
la beauté sublimée
et les transes amoureuses
tu danses
Tu danses
jusqu’à l’extase
vers un inaccessible demain
Paris, 16 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Le réel oscille entre noir et bleu
entre aube et soir
Plus intense est la lumière
Plus précises sont les ombres
Je marche
cours
Ces chimères obscures me poursuivent
Je bute
trébuche
contre d’invisibles obstacles
contre d’invincibles tabernacles
Je ne sais qui sont ces spectres de la clarté
Ils me tâtonnent tout au long des jours
me tourmentent
J’entends leur plainte lancinante
pénétrante
Je dévale les escaliers tortueux
escalade les rampes
aux troncs torturés
assailli par ces ombres sinistres
Elles rapetissent je les crois à midi disparues
mais elles s’étirent
quand s’approchent le soir
hostiles et dissonantes
Hurlement d’un loup
Ululement de hibou
Le jour s’éteint trompeur
Les ombres d’étain s’estompent
Je m’allonge
harassé
Le sommeil
Enfin
Paris, 17 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Ne crains pas le précipice
il te faut marcher
cheminer entre les angoisses
et les fantômes de l’enfance
sur la crête de vie
vers où tu t’élances
vaincre tes peurs
en t’inventer d’autres
défier les dieux et les déesses
jusqu’à ne plus les croire
écrire
chanter
danser
ta propre histoire
ton odyssée
Paris, 18 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Toi qui largues les amarres
et vogues vers l’amour
refuse les rivages
facilement accostables
Méfie-toi des mirages
et des vagues nonchalantes
Défie-toi des mers calmes
des iles parfumées
Les amours ne sont que récifs
abimes et tempêtes
Il faut en déjouer les dangers
pour les rendre éternelles
Paris, 19 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Je déteste les chemins plats rectilignes
imposteurs ou macchabées
J’ai gardé de l’enfance
l’amour des sentes escarpées et fleuries
Celles qu’on emprunte hésitant
à flanc de falaise buissonnière
qui démasquent au hasard d’une percée
une parcelle de mer ou de ciel
un segment d’horizon parfois
puzzle de l’infini
Celles qu’on découvre sur la pointe des pieds
piétinant le non-sens
de la mort imbécile
dans le silence moussu
et l’indécence de vivre
tout en lenteur balzacienne
du parfum des essences
à la mélopée du pouillot
Celles des folles idylles
réelles ou fictives
de futurs fiévreux
toujours cœur battant
en courses effrénées
arc-en-ciel ruisselant
rouge aux joues
fuites en avant
Celles des illusions furieuses
des sols détrempés
des virages en épingles
des descentes sans frein
des ravines empierrées
des tessons de bouteilles
des chutes vertigineuses
des larmes de sang
des cœurs écorchés
du soleil échevelé
de la main qui relève
des superficielles blessures
des cicatrices aux entrailles
J’ai gardé de l’enfance
l’amour des amours
Paris, 20 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

Fragile fleur de la ville
ode à la force de fendre le bitume
je suis le seul passant qui s’arrête
à compter les rides de ton pétale ponceau
je décompte les pieds ne marchande pas la rime
j’ai l’esprit poète que je ne suis pourtant
******
Je suis la trace à pas feutrés
des effluves de ton cœur
sous la robe courte et légère
tes jambes sans fin
par la fente pastel de ton corsage
tes seins libres et fols
allument mon regard apprivoisé
******
Tu remets à demain
la fusion de nos corps
tu chantes ce refrain
la pulsion du départ
des rendez-vous perdus
sur le quai de la gare
où rien ne pousse jamais
******
Seras-tu déesse
de mes amours posthumes
tatouées sur ta peau diaphane
le verbe de nos bouches
abreuvées à l’eau de vie
diras-tu mes vers
paroles de mort
glisseras-tu le pinceau
sur le vélin de tes lèvres
déposeras-tu l’écarlate baiser
sur la friche de mon front
******
Je quitte la fraicheur
de ta jeunesse frêle
et m’enfonce dans l’aride
d’un été trop précoce
courbe l’échine dans l’ombre
et fredonne une chanson
pars et surtout ne me retourne pas
Paris, 21 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Celui du soleil et des ténèbres
Celui de la terre et ses pollutions
Celui de la fraternité et des canons
Celui du capital et de l’humanité
Celui de l’étincelle et de la poudre
Celui du la foudre et de l’embellie
Celui des oasis et du désert
Celui de la chair et de l’âme
Celui de la flamme et de l’eau
Celui du silence et des tempêtes
Celui du poète et du vide
Celui du covid et de la vie
Je t’aime ainsi
(im)possible amour
Paris, 22 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Dans ma mémoire cimetière
gisent mes désirs momifiées
gémissent mes amours cabossées
des roses rouges coupées fanées
leurs épines plantées
à chaque méandre
de l’âme d’amours défuntes
******
Ma mémoire m’assomme
chaque matin même dimanche
je change les fleurs funèbres
je gomme le sous-venir
souffle sur les cendres
et laisse le lichen et la mousse
dissimuler le mausolée
******
Ma mémoire mélancolise
je ratisse les amours mortes
au sein de ce sépulcre lugubre
où s’alcoolisent les songes
jaunissent les images
blanchissent nos chevelures
où s’envenime ma vie
à caresser les chats noirs
et s’enlise l’à-venir
******
Je ne veux ni croix ni couronne
ni arme ni larme
seule une ancre croit
me retenir du large
quand l’haleine marine
souffle dans mes veines
je veux le vent
je veux la mer
j’effleure la lune et les étoiles
de mes rêves infantiles
Paris, 23 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

À côté d’une marelle
aux parfums de ciel
comme un secret subtil
une confidence
j’ai posé mes poésies pistils
mes souvenirs d’enfance
sur un banc vert de l’école
tout me semblait fiable et fidèle
******
Mais il mène la transe bâtarde
ébruite mes bruissements d’elles
déverse son fiel
à la vieille pie vantarde
aux plumes défraichies
au merle persiffleur
à la corneille Vichy
et ses reflets fleur-bleue
******
De ses planches rabougries
il a déversé ce matin
mes rêves futiles
enlacés par le temps
empesés par les ans
j’ai renoncé aux cierges
j’ai renié les vierges
les infantiles amours
les crimes velours
et leur gloire inutile
******
Je suis descendu dans la cour
chanter ma naïve colère
aux oiseaux de malheur
sans attendre les vacances
reprendre mes souvenances
briser leur danse ancillaire
******
J’ai mal dit la nuit
j’ai maudit les anges pervers
ce satané banc vert
banc des enfants
banc des « on dit »
banc des mots dits
banc des maux dits
banc des bandits
bandez vos arcs
vos cœurs et leurs plaies
bandez les voiles
bandez d’envie
bandez contrits
je vous le dis
je voue ce banc
de métal et de bois
aux enfers confinés
à être rongé par mes vers
aux hydroxydes de fer
******
J’aimais tes humeurs
humais tes amours
adultères
j’étais ton esclave
tu étais libre
j’étais vestale
tu étais vouivre
ah j’aimais
ma plume est tarie
ma page mes nuits
restent blanches
à jamais
******
J’aime mésaime
j‘oublie mésoublie
le temps cicatrise
ton cœur traitrise
une vie balourde
le soleil s’effiloche
ma valoche est lourde
******
La nuit
noire et lumineuse
l’amour
la mort heureuse
Paris, 24-25 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

On nait nu
comme un ver
« On est un petit bonhomme sans nom »
reprenait la mère
On nait nu
même en hiver
un après-midi d’avril
le père ironisait
« à la sortie des classes »
******
Plus tard
à l’école à l’envers
à l’endroit
ad marginem
bestiaire et soleil rouge
et ma clef des champs
domina dominae
monstres des marginalia
et ma clef des chants
marginal démiurge
ne me quitte pas
******
Plus tard
bien plus tard
on est à la marge (rouge)
on écrit dans la marge (au rouge)
on est en classe
on partage on marine
doléances
la lutte des classes
rouge noir
et peut-être inclassable
******
Encore plus tard
on émarge quelques vers
rouges noirs souvent un peu verts
on partage
don d’ici ou d’ailleurs
d’on ou d’autres
on margine
estrade avant l’estran
******
Encore plus tard
encore bien plus tard
condoléances
on meurt
un peu moins nu
moins inconnu
de l'univers
toujours en marge
et sur la margelle du puits
à l’heure du dernier départ
on se retourne vers vous
« la classe c’est vous »
Paris, 26-27 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Tu sembles morose
vieux clown
******
Je ne cèderai pas au vide
au néant d’humour et d’amour
je ne cesserai pas de rire
tu resteras toujours le pitre
qui dérides les plis du front
rides de bonheur l’ansérine
délivres l’âme et les lèvres
******
Tu n’es pas mort aux roses
vieux clown*
* Guy Bedos (15 juin 1934 – 28 mai 2020)
Paris, 28 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Tu marcheras outre-mort
outre-mer outre-ciel
aux confins d’un univers
que tu peuples de rêves
de parcelles d’amour
d’étincelles de vie
tu es poussière d’étoiles
S’il est un serment
tu l’amignonnes
tu le berces de ta voix
ronde et douce
tu l’achemines
via les veines brulantes
où s’inspire ta plume
S’il est une promesse
elle jaillit de ton sein
tu portes l’espoir
d’un demain loin d’hier
tu partages le doute utile
et les certitudes heureuses
en équilibre sur ton fil
Paris, 29 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Ai-je trop peiné labouré mon âme
trop ensemé mon cœur
de tous ces mots d’amour
qu’ils restent en jachère
Aurai-je la patience
d’attendre les moissons
d’atteindre l’estive
par ce chemin raide et tortueux
Je t’offrirai ce bouquet
de coquelicots de bleuets
tresserai ta couronne
de seigles et de blés
Tu faucheras mes doutes
me blottiras sur ton sein
gommeras à mon front
les sillons des chagrins
Paris, 30 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Il est à peine le temps de s’aimer
de s’offrir treize roses
de se tenir par la main
de s’appartenir par le cœur
de river les lèvres
et de fusionner les peaux
que les pétales se flétrissent
que les yeux se quittent déjà
impatients de l’été
de vierges rencontres
d’autres corps à passionner
d’enfers bleus à enfiévrer
de cantilènes à composer
d’inédits désirs à consommer
de nouvelles romances à consumer
dans ce titanesque brasier
autodafé d’amours
Sans tendresse l’amour nait
s’enflamme meurt mort-né
Sans tendresse l’amour n’est
qu’un papillon aux ailes calcinées
Paris, 31 mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Ces cadavres n’ont rien d’exquis
tout va bien dame marquise
votre amour bourgeois capitalise
sur le sort sordide du peuple
dans la mouise et le charbon
et la fosse commune
Le grand argentier
échafaude
peu importent les morts
peu importe la Terre et son agonie
Il pense marchés et cordons de la bourse
profits rentes et dividendes
confisque les richesses
déconfine pour mieux exploiter
covide les salaires des pauvres
et remplit ses coffres d’acier
Nulle place en ce monde
pour la poésie
la vie
l'amour
la liberté de penser
l’humanité
que vous enchainez
opprimez
écrasez
effacez
Le peuple gronde
mais se tait
le poète chante
en sourdine
insoumis asservis du vingt heures
La république est en marche
funèbre
guerrière
assassine
èlebédise les corps les esprits
Paris, 1er mai
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
La chaleur vespérale monte
des rires caprins des terrasses
vers les trilles stridentes des martinets
En ce ciel encore bleu
la lune projette sa lumière gibbeuse
ses ombres capricieuses
elle arrondit son sein
manigance ses amours
enceinte de mes songes
Tu danses
hésitant
et sure pourtant
te hisses sur les toits de zinc
funambule entre deux cheminées
que mordore un rai de soleil mourant
Je te suis du regard
le ciel se teinte de rose
le vent se lève
accélère la course folle
d’un nuage solitaire
fasciné par Dana
Lune et nue
volent l’une vers l’autre
en une fusion cotonneuse
Tu embrasses l’horizon
la canopée de Paname
et te mets à chanter
de ta voix cristalline et nue
cette mélodie sans nom
qui porte ma clameur
mes délires et tes délices
vers le mont Parnasse
Les fenêtres s’ouvrent
les stores s’enclosent
le ciel noircit
les verres tintent
les rires tour à tour
engraissent et s’estompent
par vagues
Le jasmin embaume le soir
Silence céleste
Un amoureux tire un trait
sur ce train lointain
son amour s’étire
jusqu’à la fêlure
comme la corde d’acier
que dilate l’ardeur
de la frêle fée sur son fil
D’où sort ce sable sous ses pieds
de la Seine peut-être
silice qui vole et valse
et marchande les rêves
Tu trembles de beauté
tu fuis la mort
et crains l’amour
ou l’inverse
Tu m’inspires en spirales
tu musardes
amuses les failles des murs
où se tapissent les muses
Les murmures s’éclipsent
sous les amours emmurées
qui veillent cupides
et guettent l’étincelle
d’où jaillira la flamme
à embraser tes rêves
ou la flèche acérée
pour ébraser ton cœur
Paris, 2-3 juin
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
La nuit frémit
impatiente de l’aube
Tu danses et de tes bras
tu tutoies le ciel
disperses la brume
blanche et grise
des terrasses du Capri’s
Obscure et luminescente
tu me verses un rêve
mon verre se colore
arc-en-ciel
en mémoire
mon vieux violon désaccordé
grince une valse à l’envers
romance colophanée
Plus tu danses
plus j’engrise
serai-je bientôt
charbonné
La nuit tous les chats sont noirs
Je clandestine dans ton rêve
et ta transe lumineuse
légère comme
une gitane
Après le café médianoche
j’allume une Che
braise ténébreuse
chavire dans l’ivresse
des voluptueuses volutes
puis rassemble les miettes
de ma carcasse ébréchée
Tu refuses un dernier verre
Tu m’invites à flâner
dans les arcanes de ton corps
ou les impasses de ton cœur
Je m’écorche à ta peau
traverse tes cascades
tes buissons d’églantine
m’engouffre somnambule
en tes sombres cavernes
Je me perds dans les méandres
de stupre et de soufre
Tu m’abandonnes à la source infertile
d’un fragile et légendaire avenir
Tu inondes mes lèvres
d’un plaisir éméché
Tu réfutes un dernier vers
Morphée m’attire
dans l’ivresse infernale
de son velours noir bleuté
Paris, 4-5 juin
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor

Je ne demande pas la lune
juste un rayon de miel
sans pardon ni passion
sans aumône ni paroisse
sans graal ni fortune
Je ne demande pas le ciel
juste la caresse du vent
sur les tourments de l’âme
juste le sucre de tes lèvres
de ta plume ou de ta peau
pour étancher adoucir
l’indicicatrisable blessure
Juste un souffle de tendresse
et nos baisers s’envolent
vers l’archipel de nos amours
arc-en-ciel
Paris, 6 juin
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Ma peine étanche
vide ta boutanche
effet de Manche
pour des amours blanches
comme la page du poète
blanche
Manche
étanche
boutanche
dimanche
d’Avranches
Paris, 7 juin
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Je ne vois ni ne croise personne
sur les quais insensibles
où se diluent tes mystères
où s’évapore le parfum
d’un printemps furtif
Tu as avalé l’invisible horizon
démasqué le soleil
croqué la lune en silence
et ses saints siliconés
intemporels
Tu te saoules de la Seine
titubes
chancèles
te noies dans l’ivresse noire
du fleuve intranquille
Paris, 8 juin
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Dans les jardins de Babel
le temps suspend sa traine
et je surprends l’ivresse
de tes amours-délices
* * * * * * * * * * * * *
Tu caresses zénithale
les lèvres de tes rêves
jusqu’à l’écarlate jouissance
du soleil enflammé
* * * * * * * * * * * * *
Je porte ton flambeau
oriflamme d’or et de sang
dans les arcanes galactiques
où je perds âme et raison
* * * * * * * * * * * * *
De ces contrées célestes
où ruissèlent le miel et le vin
monte le cantique païen
du désir et du tendre
* * * * * * * * * * * * *
Je t’appartiens tu t’abandonnes
emportés par le maelström
de l’enfer amoureux
sous le figuier de Charybde
Paris, 9 juin
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
La lune flemmarde
ce matin
Son teint blafard
dans le ciel malade
laisse glisser le temps
laisse passer les rêves
laisse penser au mystère
au supplice de l‘ombre
immémorielle
Je la laisse panser ses plaies
et sombre taciturne
vers ses mers mélanomes
Mon cœur lézarde
ce matin
Paris, 10 juin
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Le ciel tremble
ton cœur me garde
des larmes d’ébène
de bleuâtres vagues à l’âme
De vagues lames bleues
déferlent sur ma peine
et le temple infernal
de tes ringardes amours
Paris, 11 juin
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Tu bâtis entre nous
jour après jour
pierre après pierre
ton mur des lamentations
ton mur d’incompréhension
mur de scarifications
mur d’amours sacrificielles
Que restera-t-il en ta mémoire
sinon des (men)songes
des saoulsvenirs
Ton chant mémoriel
est pavé de tombes sacrées
sur lesquelles ruissellent tes larmes
acides
barbelées
Tu cherches les réponses
à de vaines questions
tu fouilles et tu pilles
tes saints sépulcres
expires les remugles
d’une histoire trafiquée
Ta sagesse est biaisée
tu t’enlises dans l’ombre
tu t’en saignes
ensables et salis
notre Histoire
meurtris notre amour
Tu te repais de mythes
qui te transpercent
annihilent ta force de vivre
d’aimer
et te complais à vomir
tes reliques mitées
Tu t’allies à la haine
à la violence anonyme
aux extrêmes hyènes
à l’haleine fétide
jusqu’à la nausée
Tu t’enivres
d’eaux de vie
mais partages ton vinaigre
et déverse ton fiel
en ton val des morts
Je réfute ton salut insincère
comme un hiatus
épidermique
J’ai posé là mes armes
et aspire à l’amour
à la paix
Shalom ?
Salaam !
Paris, 12-13 juin
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Si le vernis de tes certitudes
craquèle enfin
ne l’enduis pas d’une couche nouvelle
Il te reste à puiser la force
et le courage
de cesser de geindre
pour bousculer tes souvenirs
décaper leur crépi fallacieux
retrouver les traces effacées
ôter les toiles tissées
par une fausse hyptiote
balayer les turpitudes
les mensonges ravageurs
gravés sur tes murs mémoriels
déjouer les pièges tendus
te méfier des légendes enjolivées
des chimères emmerveillées
absoudre les êtres enlaidis
costumés d’oripeaux
et de masques monstrueux
fuir la folle fureur
qu’elle soit de Médée
Parsiphaé
ou Lilītu
esquiver la démence
l’ignominie
les sorts sacrificiels
de la géniteuse perverse
Sauras-tu avec honneur
suivre le fil vital
et te sortir du dédale
d’une Histoire falsifiée
te désinfluencer
te détourmenter
te désaliéner
reprendre les rênes de tes rêves
Paris, 14 juin
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Lavage de mains
Lavage de mots
Lavage des maux
Mots à la Prévert
Prés verts hâtifs
Prêts vers Villejuif
à vilipender le covid
de sens
des sens
interdits
Sans issue
Sans soleil
Sans celle
qui s’ensommeille
Paris, 15 juin
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Elle pose son cœur frêle
et sa vacillante mémoire
sur les pentes du miroir
où ruissèlent les souvenirs
Sa crinière blonde
ensoleille la nuit
illumine l’ennui
cascade insoumise
sur sa poitrine bienveillante
où s’adoucissent mes rides
et mes regrets indociles
Paris, 16 juin
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor
Les hauts murs
masquent le soleil levant
Je respire à peine l’air matinal
chargé des parfums de la nuit
de la ville qui fume
Sur le mur d’en face
timidement
effleurent quelques rayons
Ce qu’il reste de fraicheur
peu à peu s’évapore
Je reste là
sentir
écouter
au sortir d’abimants songes
le regard embrumé
las d’une si longue absence
interminable attente
* * * * * * * * * * * * *
Enfin le soleil s’étire
s’élève
libre
au-delà des murs
dans le murmure
qui monte de la rue
gronde sa colère
* * * * * * * * * * * * *
Un frêle rayon
vacille
traverse le temps et l’espace
se pose sur la table
les tasses de café froid
ressuscite les cadavres
et vrille mon cœur
* * * * * * * * * * * * *
Pour son récital ultime
une philomèle
s’égosille
son insolente gaieté
grivoise
transperce le silence
assèche les larmes
* * * * * * * * * * * * *
On vit
attend
rêve
espère
* * * * * * * * * * * * *
J’ose un cri
de rage
d’envie
d’espoir
* * * * * * * * * * * * *
Je t’aime
– le mien –
heurte les murs
comme un écho
me revien
* * * * * * * * * * * * *
Le volatile enchanteur
cogne à la fenêtre
va vole va vers elle
vers d’autres rêves
d’autres amours
d’autres vertiges
d’autres voltige
* * * * * * * * * * * * *
Elle
nue
immobile en silence
fragile et tremblante
sous la caresse du vent
troublante à la fenêtre
guettant le phénix d’azur et d’argent
renaissant de décembre
dans la moite chaleur de l’été
émoi d’amours grises
* * * * * * * * * * * * *
Désirs de l’aube
Paris, 17-18 juin
© Autobiopoèmes, Déconfin’amor